La Belle et la Bête – Abdellah Ben Mansour

C’est une histoire qui pourrait et devrait se terminer en conte de fées à la condition de le désirer. C’est l’histoire des deux faces d’une même âme qui peut destiner l’Homme au Paradis ou le vouer à l’enfer.

L’histoire de la Belle et la Bête, ce n’est pas la laideur qui envie la beauté. Ce n’est pas la beauté et la laideur qui se rencontrent, apprennent à se connaître et finissent par s’aimer. C’est le cheminement de l’âme qui construit son avenir pour la demeure éternelle.

Et la bête n’est laide que si elle jalouse, envie, haït. Son parcours terrestre est alors chaotique, il se solde par une fin tragique. Elle s’éteint dans des conditions douloureuses et sa rencontre avec Son Seigneur demeure infructueuse.

Les dangers qui guettent cette bête sont omniprésents et l’habitude du péché finit par être enjolivée à ses yeux aveuglés. La jalousie, la torture, la haine l’endurcit, la rancoeur l’appauvrit. Et cette laideur intérieure se traduit immanquablement par le comportement extérieur. L’être qu’on se pétrit définit inexorablement le paraître que spirituellement je suis et je vis. Plus la bête vit dans l’illusion d’une laideur belle qu’elle révèle à la face du monde, plus sa générosité d’âme, de coeur et de temps s’érode et sombre dans les abysses du néant.

Tout comme l’amour qui semble impossible entre la belle et le monstre aux premiers abords, l’âme noircie par les péchés pense avoir scellé son sort. Et pourtant dans ce conte, le miracle se produit tout comme dans la vraie vie ! Demander pardon au divin est le miracle de la rédemption de l’humain. Il suffit de sonder son coeur à l’aune des paroles de son Créateur. Inondée de lumière, la bête-âme renoue avec la belle-âme. Elle se met au service de l’humanité et se rend utile à toutes les âmes créées. Elle fait don de soi, de ses biens, de son temps et de son avoir. Elle est accueillie de l’autré côté avec gloire, car de son vivant, seule comptait la satisfaction du Tout Puissant.

H&C

Le calendrier musulman et le calcul astronomique – Table Ronde

En introduction, à la table ronde sur le calcul astronomique, l’imam Tareq Oubrou a rappelé l’importance du recours à la raison dans la lecture des textes. En effet, c’est par ce biais que l’on peut avoir une compréhension cohérente de notre religion, en dehors de tout littéralisme strict.

La perception des sens est parfois trompeuse et la raison nous permet de corriger les erreurs qui peuvent en résulter.

A plusieurs reprises, le Coran renvoie au calcul comme dans le verset qui suit : « C’est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul ». Ainsi, le calcul est un moyen qui nous permet de comprendre le mouvement des astres et d’en délimiter les différentes phases. De plus, l’ordre divin « Que celui d’entre vous qui est témoin du début du mois, qu’il jeûne » ne donne pas de précision quant au moyen. La vision n’est donc pas le seul possible.

L’astrophysicien Esmail Moustafaoui a ensuite exposé le calcul astronomique dans ses détails scientifiques, en expliquant comment il est possible d’anticiper le moment et les endroits où il sera possible de constater le début du mois de Ramadan par la vision.

Ensuite, le Pr. Ouniss Guergah a expliqué que l’idée selon laquelle la vision fait partie du culte est erronée. Le hadith suivant le démontre : « Jeûnez quand vous voyez la nouvelle lune et rompez le jeûne quand vous voyez la nouvelle lune. Si la brume vous empêche de la voir, alors estimez-la. »

En conciliant ce hadith avec un autre, on peut comprendre pourquoi le moyen utilisé était la vision : « Nous sommes une communauté illettrée. Nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas […] ». Le recours à la vision était dû au faible niveau dans le domaine du calcul au temps du Prophète (pbsl) et il était une solution pratique à cette lacune ainsi qu’une réponse à la nécessité de constater le début du mois. Tout ceci dans l’esprit de simplifier la vie des croyants qui est un principe coranique.

C’est sur aspect pratique que le Dr. Ahmad. Jaballah a insisté. En effet, le calcul nous permet aujourd’hui de nous organiser bien à l’avance. Il en a profité également pour rappeler qu’un autre principe coranique, celui de l’unité de la communauté, était préservé grâce au calcul.

Enfin, l’imam Mohamed Bajrafil a constaté que beaucoup ont tendance à sacraliser les interprétations humaines des savants en les rendant infaillibles, aux dépends de l’esprit du Texte. Il est important d’expliquer aux musulmans les règles des fondements du droit pour qu’ils comprennent la méthode scientifique des juristes musulmans afin d’éviter les manipulations provenant d’Internet. Il a ajouté que nombreux ont été les savants ayant admis le recours au calcul astronomique, allant jusqu’à rejeter les avis contredisant les résultats du calcul.

Pour finir, les intervenants ont rappelé aux imams leur rôle de pédagogue en les incitant à diriger sans être influencés par les critiques et à expliquer clairement ces enjeux. Ils ont également fait référence à l’ouvrage du défunt Cheikh Fayçal Mawlawi – « Les causes juridiques du jeûne : le début du mois ou la vue de la Lune » – en expliquant que l’essentiel était bien le début de la période de jeûne et non la vision de Lune.

Chaouki C.

Bioéthique, un enjeu islamique – Tareq Oubrou

Du grec “bios” (vie) et “ethikos” (morale), la bioéthique étudie les questions et les problèmes moraux qui peuvent apparaître à l’occasion de pratiques médicales nouvelles impliquant la manipulation d’êtres vivants ou la recherche biologique. Elle s’intéresse à des sujets tel que la procréation médicalement assistée, le prélèvement d’organe, la fin de vie, l’euthanasie etc.

Du point de vue de l’islam, il s’agit de donner un avis sur ces sujets en se basant avant tout sur le Coran et la Sunna, mais également sur la réflexion et la logique.
Tareq Oubrou nous rappelle que concernant le culte (nombres de prières par jour, durée du mois du ramadan), l’Islam ne permet pas le changement et l’innovation. Cependant, concernant les comportements et les mœurs, notre religion se base sur le principe du « tout est permis sauf ce qui est interdit ». L’interdit reste une exception et on se doit de chercher à comprendre les raisons à cette interdiction.

La Procréation Médicalement Assistée (PMA) est l’un des sujets sensibles pour la communauté. Celle-ci est permise à la condition qu’elle n’aille pas à l’encontre de la préservation de la filiation. De ce fait, si l’on a recours à un don de spermatozoïdes ou d’ovules, issu de banques de donneurs, la filiation est mise en péril. Le procédé est donc interdit car il s’agirait ici de ce qu’on peut appeler une fornication médicalement assistée.

Un autre sujet important est le don d’organes. Il est autorisé en Islam suite à la concertation de jurisconsultes se basant sur le verset coranique suivant :
«  Qui sauve une vie sauve l’humanité entière » (S2. V.263). Le don de moelle a lieu en cas de mort cérébrale de la personne ; le cerveau ne fonctionne plus mais les organes sont encore en parfait état de marche. Pour être un futur donneur, il suffit d’en parler à son entourage ou d’avoir sur soi la carte de donneur que l’on se procure sur le site http://www.dondorganes.fr

Un autre point souvent abordé par Tareq Oubrou dans son intervention est la fin de vie et l’euthanasie. En Islam la vie est sacrée et elle ne nous appartient pas. De ce fait, le médecin, la famille ou le patient lui-même ne peut mettre fin à sa vie de manière anticipée. Cependant, le médecin a obligation d’accompagner le patient en fin de vie en lui procurant un maximum de confort et en le soulageant de sa douleur.

Auteur : Hames

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Pour en savoir plus sur le sujet, vous pouvez accéder au site web de l’AMAF (Association Médicale Avicenne France) www.amaf-france.org, ou aller directement au stand situé au forum génération hall 4.2

L’AMAF a été créée en France dans les années 1990 par un groupe de professionnels de santé musulmans (médecins, infirmiers, sages-femmes). L’AMAF a pour objectif d’étudier ces questions de bioéthique et de former les médecins et étudiants en santé à faire face aux problèmes éthiques qu’ils peuvent rencontrer.

Laïcité: une islamophobie institutionnalisée? Claude Solarz, Rapahël Liogier, Marwan Muhammad.

La rencontre proposée, mettant en scène quatre intervenants dont un prestigieux invité en la personne de Raphaël Liogier, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, reprend un thème majeur de l’actualité nationale dans l’espoir d’apporter ses lueurs à un débat plus souvent passionné que raisonné.

C’est avec une certaine autorité que Claude Solarz, représentant la société de recyclage Paprec, souhaite clarifier avec force et conviction la laïcité comme un fondement indiscutable de la République le poussant il y a peu à proposer une charte votée à l’unanimité par ses employés contre la présence de signes ostensibles religieux ; signifiant par voie de fait l’interdiction du voile islamique dans un espace où évoluent des acteurs identifiés. La question du danger du plébiscite en vient naturellement à se poser et nous amène à envisager l’éventuelle idée d’une mise en péril d’un Etat de droit cher à chaque citoyen français, une idée renchérie depuis la loi polémique du 15 mars 2004 qui marque la multiplication d’initiatives parfois zélées touchant lentement mais sûrement la sphère privée.

Pourtant la réalité voudra que, face à de telles lois assimilables à des lois d’exception visant non plus comme l’exprimaient les grandes lignes de la laïcité la neutralités des représentants des pouvoirs publics mais désormais les publics eux-mêmes1, les seules victimes de la sphère privées soient en fin de compte, et une fois de plus, les femmes. La population féminine, que nous savons déjà fortement discriminée en terme de salaire dans les entreprises françaises, semble vivre une double stigmatisation allègrement saupoudrée des clichés culturels les plus fantasmés soutenant avec le plus triste des fatalismes le sentiment d’une citoyenneté à deux vitesses.

Islamophobie, terme qui comme sa propre phobie peine même à être reconnu et considéré sur la scène politico-médiatique, serait la figure qui se cacherait derrière la dénomination prétendue progressiste de la nouvelle laïcité. Pourtant à l’idée de son institutionnalisation s’ajouterait une réalité plus dure encore à savoir la multiplication des actes de violence caractérisés envers les femmes voilées, la discrimination à l’embauche jusqu’au paroxysme de l’autocensure de français de confession musulmane préférant troquer leurs apparences contre l’effarant costume de l’invisibilité.

Abdel

1 Ce populisme qui vient, Raphaël Liogier, aux éditions Textuel

Le droit à l’autodétermination des peuples mis à mal – Christophe Oberlin, Islam Awad-Abdou, Pascal Boniface

Trois lignes d’analyse ont été déroulées au cours de cette table ronde : la première questionne la capacité des peuples concernés à prendre leur destinée en main, à la lumière de l’évolution des printemps arabes, la deuxième analyse l’interprétation à faire de l’attitude de la communauté internationale à l’égard de l’avènement des printemps arabes et leur évolution.

Enfin la dernière envisage la tournure que pourrait prendre la destinée des peuples qui se sont soulevés pour choisir leur avenir et le devenir des pays vivant encore sous des régimes dictatoriaux. Le premier constat qui est fait, selon Pascal Boniface, c’est la difficulté des pays ayant fait la révolution à instaurer une vraie démocratie dans leur système politique, difficulté qui, au prime abord tendrait à témoigner de l’incapacité des pays ayant renversé leurs dictatures à prendre en main leur destinée : la Libye est en proie à la guerre civile et l’Egypte a vu le retour au pouvoir de l’armée, suite au coup d’état dirigé contre le président élu Mohamed Morsi. Cependant, comme le souligne fort à propos Islam Abdou, ce serait précipiter la conclusion d’un processus qui est en train de se négocier, dans la rue pour certains pays, et dans les urnes pour d’autres. La Tunisie, bien qu’encore dans un flou, négocie une bonne transition démocratique, sans compter la bande de Gaza, qui de toutes les révolutions arabes, est sans doute la première et la plus belle victoire démocratique.

Ce qu’il faut souligner, en réalité, c’est que le chemin vers la démocratie sera long et difficile pour des pays qui ont vécu pendant des décennies sous la dictature et la tyrannie, mais il ne fait nul doute quant à la victoire du droit et de la justice. Un mouvement a vu le jour, qui même essoufflé, n’aura de cesse de reprendre de la vigueur. Ce qu’il faut souligner également, et critiquer avec force, c’est la « volonté d’impuissance » de la communauté internationale, incapable de rester cohérente avec les valeurs qu’elle dit défendre, et la scandaleuse complicité des pétromonarchies arabes dans la main-mise des dictatures sur le droit, la justice et la liberté.

Myrline

Laïcité et liberté religieuse.

Table Ronde : Raphael Liogier, Hassan Safoui, Mahmoud Al Doua

La laïcité occupe aujourd’hui une place centrale dans l’espace public. Cette notion est pourtant le fruit d’un long débat philosophique, qui visait depuis la fin du XIXème siècle à libérer l’Etat de la tutelle religieuse. De cette manière, l’Etat assurait la responsabilité d’être l’agent de Liberté.

Néanmoins, la laïcité est une notion polymorphe et complexe. Il faut noter qu’elle rencontre une complication plus grande encore lorsqu’elle se confronte à la complexité des expressions religieuses. Il est donc d’autant plus nécessaire de définir avec précision ce terme. Les trois intervenants se sont accordés sur le fait que la laïcité est fondée sur la neutralité vis-à-vis des religions, et non pas leur neutralisation. En effet, l’espace public, développé progressivement au XVIIIème siècle en France, est le lieu de contact des différentes expressions.

Cependant, les crises actuelles, à la fois identitaires mais aussi économiques et sociales, ne permettent vraisemblablement pas l’application de la laïcité qui dans son acception originelle, vise à permettre à chaque groupe de s’exprimer. Cet agrégat de facteurs est le terreau des discours dits populistes repris par des individus de tous bords politiques ou religieux, qui en se réappropriant la notion, la conduisent vers des dérives laïcistes. L’enjeu du vivre-ensemble est de permettre à la Laïcité de retrouver son sens premier qui s’inscrit tout à fait dans la tradition religieuse.

Auteur Driss & Abdel-R

La transmission de l’Islam aux enfants – Ahmed Jaballah

Il est impérieux au vu de l’actualité concernant l’éducation, l’école et les différentes polémiques de se poser la question de la transmission de l’islam aux enfants.

Cette question est au coeur de la mission de la famille, qui a la responsabilité de la transmission de la foi. Le Coran interpelle les croyants sur leurs missions, leurs devoirs, et leur responsabilité de se protéger eux-mêmes et leurs familles de l’Enfer. Il s’agit-là d’un appel et une incitation à la transmission.

Toutefois, transmettre ne signifie pas imposer mais laisser à chacun sa liberté. On le voit très bien à travers le récit de la vie du prophète Noé qui a vécu longuement sans jamais cesser de poursuivre sa mission, et cela-même avec un fils qui n’était pas croyant. Par transmission de l’Islam, il faut entendre la transmission de la foi qui est la base et qui va impliquer une pratique, une morale et des valeurs. Cette responsabilité est non seulement religieuse mais également civique puisque reconnue de manière universelle.

Que transmettre ?

La transmission de l’Islam à nos enfants doit intégrer quatre points essentiels.

En premier lieu, la transmission d’une foi et d’une pratique cultuelle dès le plus jeune âge. Cette pratique, même au début limitée à l’imitation des parents, est nécessaire dans les limites du respecte de l’âge de l’enfant.

Cette foi doit être rythmée par un rapport étroit avec le Coran, par sa lecture et sa mémorisation. Il en va de même pour les invocations quotidiennes. Il s’agit de rappels quotidiens, d’invocations qui doivent nous accompagner tout au long de nos journées et de notre vie.

La question de l’enseignement de la langue est primordiale. Pas n’importe laquelle, celle du Coran. La langue arabe va permettre d’avoir un rapport plus direct avec le Livre de Dieu qui, bien que traduit, ne permet pas un accès complet à cette parole divine.

Le quatrième point essentiel est celui de la transmission d’un esprit général de la religion qui soit équilibré. De sorte d’avoir un musulman fier et épanoui dans sa foi et lié de manière responsable à la société. Il ne faut pas couper l’enfant de son environnement. La communauté souffre bien trop de ce manque de musulmans citoyens, de musulmans actifs et engagés.

Comment transmettre ?

Il est une règle d’or en éducation, c’est l’exemple et le modèle. Qu’importent les mots, qu’importent les discours sans exemplarité.

Le livre est le moyen de transmission par excellence. Le premier verset du Coran, Iqra! (Lis !) invite à la lecture. Malgré la diversification et la multiplication des supports, le livre doit rester le vecteur principal des savoirs.

Il faut également aider l’enfant à se forger une personnalité en étant acteur de sa propre éducation, et ne pas toujours l’éduquer par les ordres. D’où la nécessité d’instaurer un dialogue, un échange entre parents et enfants. Il est important pour son développement personnel, que l’enfant trouve un espace d’expression dans la famille.

En outre il doit y avoir une complémentarité entre la famille et le cercles des institutions musulmanes comme les mosquées, les écoles privées et les associations musulmanes. Il est important d’avoir ce lien afin d’être aidé dans la transmission et l’éducation de l’enfant. Tout ne peut s’apprendre au sein du cercle familial.

Auteur : Issam

Crise de repère et foi – Hani Ramadan

Ce dimanche à dix-huit heures, Hani Ramadan doit développer dans son allocution la question de la « Crise de repère et de la foi ». En attendant les analyses du professeur, chacun de nous est invité à se poser la question de la foi comme facteur de résilience dans nos sociétés en mal de sens.

« Opium du peuple » ou remède éprouvé et fiable contre les errements humains, la foi reste au cœur de ce siècle décidément de plus en plus spirituel.

Les repères représentent les piliers sur lesquels les êtres humains s’appuient pour mener une vie la plus stable possible. Dans un monde en mouvement qui connait des crises politiques, économiques et sociales, le musulman est plus que jamais confronté à des troubles et des incertitudes. Malheureusement, force est de constater aujourd’hui que ces repères sont au mieux délaissés, au pire combattus. De cette façon, il est légitime de se demander de quelle manière peut-on mêler la foi répond-elle à cette crise de repères.

Plusieurs questions découlent de cette problématique. Tout d’abord il est nécessaire de savoir quels sont les facteurs stabilisateurs de notre foi ?

Le croyant dispose a priori d’une ressource essentielle lui permettant de penser le monde : le Coran. A travers la lecture des signes de Dieu, il réalise l’ordre et l’harmonie qui l’entoure. De cette façon, le musulman prend conscience que la perte de repères n’est issue que de l’action d’humains ; sa résolution sera donc également de nature anthropique.

De quelle manière pouvons-nous par la suite, être des forces de proposition de repères dans ce monde en crise ?

Cette question est directement liée à l’expression divine honorant « ceux qui s’enjoignent à ce qui est communément admis comme bon » (sourate 3 verset 110).

Le croyant constitue ainsi une force motrice dont la foi institue de repères solides qui ne fléchissent pas devant les aléas de la société. Son infléchissement est d’autant plus constant qui celui-ci est, malgré sa présence physique et active dans la société, éloigné dans son fort intérieur. Ibn ‘Ata Illah traduit d’ailleurs cette idée en ces termes : « Une action qui émane d’un cœur détaché ne peut être peu de chose. »

Aness

La Critique – Médine & Tariq Ramadan

Deux voies, celle d’un artiste d’une part et celle d’un intellectuel d’autre part. Deux voix qui expriment leur désaccord de manière publique et qui nous proposent ici leur vision d’une critique constructive et utile.

Médine, qui entamait en 2013 son fameux « Protest Tour », la critique permet entre autres de déstabiliser. Nous devons donc nous interroger sur la façon de la rendre efficace. Car elle peut s’adresser à une multitude de systèmes de pensée à remettre en cause. Et comme souvent la forme sert le fond. Il faudra donc prendre en compte la formulation et les moyens d’expression. Dans certains quartiers, notamment les plus défavorisés, la critique incarnée au quotidien. Toutefois, la forme n’est pas toujours la bonne.

Pour Tariq Ramadan, la critique est nécessaire. C’est un impératif, un moyen de s’affirmer. Elle est, par ailleurs, source de pouvoir. Il faut alors se questionner sur les intentions et la sincérité d’une démarche critique, interroger les objectifs et les moyens.
L’esprit critique doit émaner de l’éducation comme au temps du Prophète (pbsl). En effet, « être critique » est l’un des enseignements légués par notre Messager (pbsl).
Néanmoins, la cohérence dans la critique est primordiale. On le voit à travers la critique des jeunes des quartiers populaires. Ces derniers dénoncent un système de « tous pourris » que l’on peut comprendre. Pourtant, leur mode de vie coïncide parfaitement avec le système qu’ils pointent du doigt.
De nos jours, la communauté musulmane en particulier est en perte d’arguments et de réflexions. Il faut donc réévaluer sans cesse notre attitude face à la critique tout en restant mesurés. Le vrai travail restant en premier lieu l’autocritique.

Auteur : Salama 

La Capacité d’adaptation du droit musulman – Nabil Ben Kahlan Al-Kharoussi

Dans son intervention, le Cheikh Nabhan ibn Kahlan al-Kharûsi, Adjoint au Grand Mufti du Sultanat d’Oman, nous proposait une réflexion en trois questions autour de la capacité d’adaptation de la religion musulmane.

La religion a-t-elle dans son essence la capacité de s’adapter ? Dieu veut-il que nous prenions compte de la réalité sociale que nous vivons où est-ce uniquement une volonté humaine ?
Dans le Coran, Dieu dit : « O vous qui croyez ! Répondez à Dieu et à Son Envoyé lorsqu’ils vous appellent à ce qui vous procure la vie. » (8 ; 24). Ce verset montre la cohérence entre le fait de répondre à l’appel de Dieu et de Son Prophète (sAw) et le fait de s’occuper de sa réalité sociale et ce qu’elle implique comme changement. Le Coran indique à plusieurs reprises que la religion prend en compte les mutations de la société, et donc que nos valeurs doivent se répercuter dans notre vie.

Quels sont les moyens qui permettent à la religion de s’adapter ?

D’abord, il est important de garder à l’esprit que l’objectif de la religion est de préserver la nature saine de l’être humain. En effet, Dieu dit: « Dis : ma prière, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort sont voués à Dieu. » Autrement dit, la religion comprend le culte mais également un effort de réforme au quotidien.

Deuxièmement, il faut noter que certaines règles sont des principes généraux tandis que d’autres concernent des sujets précis de la vie et qui sont donc adaptables de par le caractère variable de la réalité.

Troisièmement, toutes les règles religieuses ne sont là que pour préserver les finalités définies par les savants : la religion, la vie, la raison, les biens et l’honneur.

Quatrièmement, toutes les règles ont pour vocation d’accomplir le bien-être de l’être humain, dans le sens où celui qui s’y cantonne s’élève et s’épanouit spirituellement.

Cinquièmement, les obligations collectives ne se limitent pas uniquement au culte (la prière mortuaire par exemple). Elles comprennent également un nombre de compétences qui permettent à la communauté de mener une vie sociale digne. Ainsi, l’imam Ghazali met en évidence la nécessité de bien connaître le cadre social dans lequel vit le musulman en approfondissant les sciences. On ne peut se passer de médecins ou d’ingénieurs sous peine de voir notre société décliner.

La religion a donc clairement les capacités de s’adapter à la réalité. Plus que cela, elle ne peut être pensée sans se référer également au cadre dans laquelle elle se vit, car l’être humain évolue dans une société en constante mutation.
Chaouki C.