Vivre ensemble à l’épreuve des défis de notre temps

Tout au long de son existence, le prophète Mohammad (saws), a toujours pris soin de rassembler dans l’égalité tout en conservant, dans la mesure du possible, les diversités et les singularités de chacun.

Aujourd’hui, dans une société où l’exclusion, les discriminations et le rejet de l’autre sont en pleine expansion, il est de notre devoir de suivre l’exemple du prophète de l’islam (saws) en s’unissant autour d’un projet commun. Il s’agit alors de ne pas se renfermer sur nous-mêmes et de s’ouvrir à la société par le dialogue et le partage. Le défi sera donc d’impulser une société du vivre ensemble dans laquelle celui que l’on considère comme étranger ne sera pas désigné comme responsable de tous les maux mais au contraire vu comme un apport à l’enrichissement de notre pays.

Cependant, cette notion du vivre ensemble est actuellement mise à mal par une radicalisation du discours d’une partie de nos politiques, mais aussi au sein du monde médiatique et ce notamment envers l’Islam. Ce matraquage politico-médiatique à l’encontre de l’Islam est tel qu’une partie de la population sombre dans une certaine islamophobie.

Toutefois, prenons garde à ne pas nous positionner en simple victime. En effet, ce rejet de l’Islam, nous devons en prendre acte avec toutes les responsabilités qui s’imposent et ainsi nous devons procéder, sans tabou, à notre auto critique dans la voie de la réforme. Car la perfection n’est jamais atteinte. En ce sens, elle ne peut être qu’un horizon que nous sommes désireux d’atteindre, et pour se faire, il faut également se remettre en question avec impartialité et objectivité. Nous devons également éviter la tentation du repli identitaire ou les excès de certains qui provoquent et alimentent la peur d’autrui. Il ne suffit pas alors de le dénoncer, il nous faut aussi essayer de changer ces comportements afin que chacun d’entre-nous se dirige vers cette société du vivre ensemble.

Le repli identitaire ou communautaire et la montée des extrêmes sont les principales conséquences de la crise sociale que nous connaissons. Il paraît donc nécessaire et urgent de reconstruire des liens forts autour de projets communs. En effet, l’augmentation perpétuelle de la circulation des capitaux, des communications, des idéologies ou des personnes entraîne la création de sociétés pluriculturelles, pluriethniques et multiconfessionnelles. Saisissons donc cette opportunité afin d’acquérir un enrichissement réciproque.

De surcroît, la société du vivre ensemble est la condition indispensable à la construction de notre avenir autour de valeurs variées, diverses mais fortes.

Le racisme, les discriminations, l’islamophobie, sont les fruits de l’ignorance et c’est en tant que citoyens musulmans que nous devons y remédier par le biais du dialogue, du partage mais aussi et surtout du respect et de la tolérance.

C’est pourquoi, les événements dramatiques qu’ont connus la France en ce début d’année ne doivent pas devenir un frein mais un accélérateur dans notre quête de rassemblement.

Par ailleurs, souvenons-nous que le Saint Coran se termine par le mot « nass » (c’est-à-dire les Hommes) ce qui légitime davantage l’idée d’une société qui croit au rassemblement des êtres dans leur diversité (et non à sa division) et ce à travers la construction d’une société du vivre ensemble.

D. Mejjati

Thème RAMF

Cette année le thème de la RAMF est un sujet d’actualité qui a défrayé la chronique par le tapage médiatique qu’il y eut autour.

Au quotidien, qu’il s’agisse de la presse écrite ou des médias télévisés, l’islam et les musulmans font l’objet de toutes les attentions. Mohammed le Prophète, figure emblématique de la religion musulmane a été pris pour cible et a été au centre des débats. Porteur de grandes valeurs universellement reconnues, le Prophète, a durant toute son existence fait honneur à des principes absolus auxquels, les musulmans comme les non musulmans adhérent encore de nos jours.

Modèle d’exemplarité pour ses compagnons mais aussi pour toute la société de son époque, y compris ses adversaires, la vie du Prophète reste aujourd’hui une voie honorable dont nous pouvons, et nous devons nous inspirer afin d’être à la hauteur de ses sacrifices et surtout des attentes divines.

Aussi, nous vous invitons à l’occasion de cette Rencontre à venir découvrir une fois de plus la vie riche en enseignements du Prophète, un homme aux nobles qualités ayant toujours fait preuve d’amour, de miséricorde et de justice à l’égard de toute la création. La grande Rencontre Annuelle des Musulmans de France sera donc axée cette année autour du Prophète de l’islam. De ce fait, l’actualité nous montre que peu d’entre nous connaissent réellement cet homme qui a marqué l’Humanité tout entière.

Intervenants, conférenciers, professeurs et savants ainsi que de nombreux espaces de rencontres, de débats et discussions, sont mis à la disposition de tous afin de faire de cet événement une rencontre encore plus exceptionnelle que celles des années précédentes.

Soyons tous au rendez-vous afin de profiter de cette belle occasion en guise de témoignage d’amour et de reconnaissance envers le prophète.

Du 03 au 06 avril, nous comptons sur vous !

Les Français musulmans dans le contexte actuel

L’horreur soulevée par les attentats du 7 janvier dernier, encore marquée au fer rouge dans nos mémoires  ne s’estompera pas par l’encre de nos larmes et de nos plumes. Elle ne s’estompera pas parce que cet attentat a frappé en plein cœur des principes que nous chérissons, de respect de la divergence, de respect de la dignité humaine, de respect de  la vie, elle ne s’estompera pas parce que nous avons pu voir a nu la détestable portée de la haine qui grandit dans les cœurs arides et nourrie par des âmes vides. Elle ne s’estompera pas parce que la simple idée que cet acte barbare et odieux puisse être rapproché du message de l’Islam n’inspire que révulsion et dégoût.

Non, l’horreur ne s’estompera pas. Parce qu’elle est justifiée.  Parce que face aux actes sanguinaires, aux injustices, aux exploitations délibérées des âmes et des êtres par des criminels assoiffés de pouvoir, nous ne pouvons, en tant qu’êtres humains,  ressentir que de l’horreur. Être horrifié et condamner, être horrifié et agir, être horrifié et braver. Condamner ce qui doit l’être, agir pour et au nom de ce qui nous rassemble, braver ceux qui s’érigent pour diviser, et braver la peur…

Être horrifié mais ne pas craindre, être horrifié mais ne pas redouter, être horrifié mais ne pas être terrifié. Ne pas craindre de représailles d’un peuple qui ferait l’amalgame entre musulmans et terroristes, ne pas craindre une montée de l’islamophobie, ne pas craindre de stigmatisation à cause de sa confession.

Ne pas redouter  que notre frère et compatriote se méprenne sur le sens de notre comportement lorsque nous lui tendons la main, ne pas redouter que notre patrie nous rejette à présent parce que des individus ont tué au nom de l’Islam, quand des millions de nos frères et sœurs vivent en totale adhésion avec les valeurs républicaines et islamiques.

Ne pas paniquer parce que certains faits, dans le contexte actuel, voient leur importance décupler … Propos inoffensifs d’un enfant dans une cour de récré … Familles séparées au motif de simples soupçons…

Non, ne pas paniquer. Mais être vigilant.

Se tenir prêt à dénoncer toute forme d’injustice, se construire un regard ouvert et lucide sur les épreuves que les hommes ont toujours eues à traverser au cours de l’Histoire. Se souvenir que nous nous en remettons à l’Un, qui embrasse toute chose par Sa Science…

Comprendre que nous ne pouvons arrêter notre marche vers autrui, que nous ne pouvons fermer notre cœur et que l’Amour nous appelle à la sérénité et à l’autre, quoiqu’il nous en coûte.

M. G.

Réforme et Résistance sur la voie du bien

C’est dans un climat délétère et suspicieux que les musulmans de France (estimés à plus de 6 millions) tentent de garder la tête haute et surtout froide. Ne pas céder à la psychose, tel fut le mot d’ordre après que l’inqualifiable ait eu lieu. Pourtant, la réalité est loin des discours théoriques…  Les politiques, les médias, les intellectuels ont fait preuve d’une certaine hypocrisie après le sentiment d’unité nationale qui devait tous nous unir. Amalgames, rejets, stigmatisation… Il ne se passe pas un jour sans que les français de confession musulmane et l’islam fassent l’objet de critiques virulentes mais surtout infondées, illégitimes et malvenues dans le contexte actuel. L’horizon qui se profile semble être sombre pour le vivre ensemble.

Néanmoins, de la confiance naîtra la lucidité et viendra le salut. Garder confiance en Dieu, en soi mais aussi et surtout en la nature humaine. Car même si l’humain est capable du pire, « il y a du bon en ce monde » disait l’Ancien. Et c’est cette partie de nous-mêmes et du monde qu’il faut chercher à atteindre. L’accès au bien passe donc par la voie de la réforme mais aussi par le chemin de la résistance. Résister pour se réformer : c’est le sens même de la foi, de la conscience croyante soumise librement et volontairement à Dieu, et qui doit renouer avec des fondements premiers qui sont pour elle source de lumière, lumière spirituelle dans la proximité du divin, et lumière intellectuelle dans la compréhension et la connaissance du Créateur et de la Création. En ce sens, lorsque le Très-Haut s’adresse pour la première fois au prophète Mohammad par le biais de la parole « Iqra », au-delà de l’importance capitale du savoir, il est au fond question de conversion du cœur et du regard. Changer sa capacité à voir le monde de telle façon à vivre avec le cœur ce que la raison comprend avec l’intelligence. Notre compréhension du monde et de la nature environnante par la foi qui illumine le chemin de la périphérie vers le centre de l’être, permet de comprendre si l’on analyse le Coran, que le musulman à l’instar du modèle prophétique qu’il est appelé à suivre, est une source de miséricorde. Une fois la conversion du cœur opérée dans et par la lumière de la fois, comprenez nous-dit Dieu que la première des obligations c’est le savoir (« iqra » le premier des versets révélés, et un retour perpétuel vers ce principe fondateur de l’islam) et de ce point de vue là il va falloir résister. Résister à tout ce qui entrave la progression dans la voie du bien. Cette résistance au cœur de la foi se traduit alors par un exil intérieur permettant de prendre de la distance, de comprendre les attaques et d’entreprendre la résistance. S’exiler dans la solitude du soi, pour mieux appréhender l’engagement au sein du tout. La dignité des musulmans de France se trouve ainsi dans cette cohérence des principes auxquels ils adhérent et qu’ils défendent indépendamment des tempêtes médiatiques, des mensonges politiques et des troubles électoralistes car leur seule ambition n’est certainement pas un désir de conquête ou de revendication communautaire qu’on leur impute à tort, mais elle se situe dans un désir de réforme individuelle dans la voie du bien pour toujours servir les autres afin de célébrer notre commune humanité et le souhait sincère de vivre en harmonie. « L’homme le plus aimé de Dieu est celui qui est le plus utile aux hommes. » nous enseigne une tradition prophétique, c’est donc ce cheminement spirituel que nous avons emprunté pour le bien de tous et ainsi nous pouvons continuer à croire et espérer car encore une fois « il y a du bon en ce monde… »

Mohammad, prophète de miséricorde et de paix

Au moment où les mots qui sortent de la bouche du croyant ne peuvent plus traduire que ce qui est dans le cœur, la double attestation de foi, en tant que reconnaissance d’un Dieu Unique et de Mohammad comme messager, est la seule source de salut. Comment expliquer dès lors cette importance du dernier des Prophètes dans la vie du croyant musulman ?

Dieu a voulu que la naissance de chacun d’entre nous soit soumise à une filiation. Ainsi, nous sommes tous les enfants biologiques d’un père et d’une mère. Cette donne initiale conditionne notre vie d’ici-bas en ce sens que, de nos parents, nous héritions de traits physiques, d’une identité culturelle, d’une éducation, d’un contexte. Cette filiation, bien que subie, est un élément déterminant dans la construction de notre identité sociale. A cette filiation répond une autre filiation à laquelle nous adhérons volontairement au cours de notre existence terrestre. Cette dernière filiation, spirituelle cette fois, sera déterminante à bien des égards.

En effet, comment accédons-nous à la connaissance de Dieu? Nous ne Le connaissons et n’avons possibilité de Le connaitre que par Son Message, qu’Il a choisi de révéler à l’humanité par l’intermédiaire de Ses envoyés, le dernier d’entre eux étant Mohammad.

Ainsi, grâce à Mohammad, par les qualités que Dieu lui a donné, par l’abnégation et le dévouement qu’il a investis dans la transmission du message, et par la foi et l’effort de conformité de tous ceux qui, générations après générations, se sont inscrits dans sa filiation spirituelle, nous pouvons aujourd’hui apprendre l’islam, choisir cette voie et être des témoins pour l’humanité conformément à la parole divine.

Pour comprendre l’importance de Mohammad, incarnation vivante de la morale du Coran, et donc de l’idéal vers lequel chaque musulman doit tendre, il est capital de s’intéresser à sa vie, à ses relations avec sa familles, ses amis, mais aussi de s’arrêter sur son comportement avec ses détracteurs. Une vie longue de soixante-trois ans, dont les vingt-trois dernières années ont été mises au service de la propagation du message de l’islam, une vie riche en épreuves et enseignements, une vie qui témoigne de la miséricorde et de l’amour du prophète pour l’humanité entière.

Avant même la Révélation, son honnêteté et sa probité lui valurent le surnom de « El-amine », c’est-à-dire le digne de confiance. Par la suite, même ses plus farouches ennemis ne pouvaient lui dénier cette qualité. Ainsi, Dieu dit au sujet du sceau des prophètes « Nous ne t’avons envoyé que comme  miséricorde pour les mondes ». Tout au long de sa mission apostolique, le prophète fut un exemple d’amour et de miséricorde. Toutes ces années où il eut à faire face à la pire adversité, il enseigna au monde que chaque être humain est digne. Digne d’être libre, d’être respecté et digne d’être aimé. Qu’aimer son prochain, c’est défendre ce qui est juste, sans pour autant nourrir une haine à l’encontre de ses adversaires, mais au contraire, en gardant l’espoir de leur réforme.

Il est aujourd’hui de notre responsabilité de vivre ce message, de nous inspirer de ce modèle et de donner ainsi du sens à l’attestation de foi qui fait de nous des musulmans, dans la filiation spirituelle au prophète. Ce prophète soucieux de sa descendance spirituelle, et que ses compagnons interrogèrent sur la cause de ses larmes lorsqu’ils le virent pleurer et a qui il répondit « je pleure mes frères qui me manquent », « ceux qui viendront après moi, et qui auront cru en moi, bien qu’ils ne m’aient pas vu ».

Fatima

Liberté d’expression et devoir de responsabilité

Mai 2002. Oriana Fallaci écrit que les musulmans « se multiplient comme des rats. »

Octobre 2003. Claude Imbert déclare « « Il faut être honnête. Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire.»

Mars 2004. Une loi liberticide est votée pour interdire aux jeunes françaises voilées d’aller à l’école.

Janvier 2005. Publications des caricatures dites de « Mahomet ».

Février 2015. Dix ans plus tard, Nicolas Sarkozy ex-président de la République française affirme « Nous ne voulons pas de femmes voilées. »

De nos jours, et sous couvert de liberté d’expression, nous assistons à un ballet politico-médiatique dont la scène principale se rejoue sans cesse : la surenchère raciste et islamophobe. Les évènements tragiques qui ont secoué la France en janvier dernier ont été une triste circonstance de relancer le débat à propos d’une liberté fondamentale qui garantit la « libre communication des pensées et des opinions pour tous » (Art. 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789). D’aucuns, sous le coup de l’émotion ou de l’excès de zèle ont affirmé tambour battant que la liberté  d’expression était la liberté de tout dire. D’autres voix se sont élevées afin de rappeler que, bien que la liberté d’expression, notamment au sens de caricature et de satire soit une tradition française acquise au prix du sang, elle n’en reste pas moins encadrée par la loi. Par ailleurs, qu’il s’agisse d’intellectuels, d’écrivains, de penseurs ou de simples citoyens, beaucoup ont pointé du doigt l’absence de traitement égalitaire des sujets critiqués lorsqu’il s’agit de liberté d’expression.

Aussi, plusieurs questions se posent. En effet, la liberté d’expression est-elle la liberté de tout dire ? Si oui, cette conception de la liberté existe-t-elle réellement d’un point de vue juridique, et s’exerce-t-elle de façon juste et équitable à l’endroit de tous ? Quel est le rôle d’une telle liberté ? Car une liberté non encadrée, absolue ou anarchique donc, continue-t-elle d’être liberté ? En d’autres termes, questionner la nature et le rôle de la liberté d’expression, est-ce la nier, la remettre en cause ? Ou est-ce en réalité le moyen d’en user avec bon sens et intelligence ?

La DDHC, qui est également le préambule de la Constitution française, nous éclaire sur le terme même de liberté. L’article IV de la DDHC affirme que la liberté « consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui […] ». Or, lorsque d’aucuns appellent au droit à la haine et au devoir d’islamophobie (Dans un article paru le 6 novembre 2012, Maître Bonnant affirmait que l’islamophobie n’était pas un droit mais un devoir) ceux-là ne débordent-ils pas du cadre légal assurant la liberté ?

Il semble qu’avoir sacralisé la liberté d’expression au point d’en faire une liberté intouchable, c’est nier à autrui la possibilité de cette même liberté, et par extension le priver de toutes les autres. Car sur le terrain des opinions, ce sont essentiellement les libertés qui s’affrontent, chacun estimant avoir le droit et la raison de son côté. Néanmoins, c’est trop vite oublier que la liberté d’expression, au même titre que d’autres libertés sont encadrées par la loi  et que cette dernière interdit le racisme et la diffamation. Le droit et la jurisprudence modèrent donc la liberté d’expression, et paradoxalement ils en sont les garants.

D’Ibn Tofaïl à Kant en passant par Rousseau, tous affirment que les libertés naissent du sens des limites. En ce sens, la liberté d’expression ne peut se définir par l’absence totale de contrainte exercée sur l’individu qui en jouit, ce qui serait de fait incompatible avec la possibilité même d’une société pacifiée. Car, comment maintenir le lien social, comment garantir la paix et la stabilité d’un Etat s’il était donné à chacun la liberté de dénigrer autrui sans être inquiété par le droit et la justice ? La liberté d’expression s’accompagne donc sans nul doute d’un devoir de responsabilité.

Les Français de confession musulmane n’ont jamais refusé la critique constructive, tout comme ils n’ont jamais voulu restreindre la liberté d’expression ou toute autre liberté. Ils souhaitent simplement, au nom de cette liberté, faire entendre leur voix et demandent à ce que la loi et la déontologie soient respectées dans l’usage des libertés afin de promouvoir des opinions libres, honnêtes, pluralistes et véridiques. De ce point de vue là, il serait bon de prendre exemple sur des hommes qui ont marqué l’Histoire et qui ont faire preuve de probité intellectuelle à l’instar de l’écrivain et satiriste Thomas Carlyle affirmant que « C’est une honte pour chacun d’écouter les accusations disant que l’islam est un mensonge et que Mohammad est un imposteur et un falsificateur. On l’a distingué pendant toute sa vie  avec des principes inébranlables, une sincère détermination, bienveillant, généreux, compatissant, pieux, vertueux, digne d’éloges, libre, humaniste […] Il était un grand homme par sa nature.

Voilà pourquoi les musulmans sont aujourd’hui consternés et tiennent à faire entendre leur voix. Non pas parce qu’ils sont blessés par la revendication au droit à l’ignorance et la méchanceté gratuite, mais ils sont choqués par le manque criant d’honnêteté et de connaissances historiques. A ceux qui ont délibérément sacrifié leur conviction et ont entaché la liberté d’expression, les musulmans laissent le soin à ceux de ce monde qui font autorité à vos yeux de vous dire que « Nous les Européens avec tous nos concepts n’avons pas pu atteindre ce que Mohammad a atteint et nul ne pourra le dépasser. »

EMA

Héritage et devoir de mémoire

Il est devenu fréquent lorsque l’on se penche sur l’histoire de la civilisation musulmane de se retrouver inspiré par des évènements, des idées, et plus épisodiquement par des noms. Paradoxalement, ces inspirations manquent parfois de profondeur et sont souvent aussi superficielles que le flash d’un appareil immortalisant un moment pourtant éphémère.

Embarrassant est l’un des qualificatifs qui serait le plus approprié à ce phénomène lorsque l’Histoire a un rôle de ciment supposé solidifier la fragilité de notre patrimoine civilisationnel. Surtout à une époque où le croisement des civilisations, des courants de pensée et l’évolution rapide de la technologie requiert de se raccrocher à des repères solides si l’on ne veut pas se voir déconnectés du glorieux passé de nos ancêtres. D’autant que si l’Histoire est écrite par d’autres, ils n’en auront que plus de liberté pour y faire passer des messages et interprétations qui leur sont propres et qui parfois peuvent aller au-delà de l’objectivité à laquelle doit se raccrocher tout historien qui se respecte.

Ceci n’est pas forcément le fruit d’une mauvaise volonté mais peut être seulement la conséquence d’une conception erronée bâtie dans l’inconscient collectif.  La raison de ce constat est qu’il nous arrive inconsciemment de ne pas considérer la grandeur de la civilisation musulmane à sa juste valeur. Et quand bien même nous le faisons, nous ne disposons que de bribes et de grandes idées que nous essayons d’étirer au maximum afin de couvrir notre ignorance. Seulement, il s’avère très vite que la pauvreté en termes de détails et de contenu nous renvoie à l’image d’un adulte qui étire un vêtement d’enfant pour s’en vêtir au point de le déchirer.

Ayant pointé cette lacune, revenons sur les temps forts d’une civilisation qui a marqué le monde à jamais par son éclat et sa grandeur. Méconnue par certains, la Constitution de Médine est un évènement historique immortalisé dans un texte définissant les grandes lignes du vivre-ensemble au sein de la cité médinoise. Un texte permettant de vivre avec des lois propres en s’affranchissant des dissensions externes à la société de l’époque. Ce sont ces principes qui dans le futur s’étendront à tous les territoires musulmans et permettront aux différentes communautés d’être respectées en terre d’islam, fussent-elles juives, chrétiennes ou d’autres religions.

Dans la continuité de ce texte fédérateur, la civilisation Andalouse peut être désignée comme l’exemple-type du résultat positif sur le long terme. Richesse spirituelle, économique, intellectuelle mais également artistique sont les caractéristiques de cette civilisation à découvrir car nulle satisfaction n’est plus grande que lorsque l’on dépoussière soi-même les pans obscurcis de son histoire.

Ensuite, vient le contre-exemple parfait du cliché représentant les conquêtes de l’islam par l’épée. L’Asie du Sud-Est, où, il est bien connu, l’islam a été transmis par le biais des marchands musulmans. Pour ce faire, l’étude de l’histoire est intéressante en prenant par exemple la ville de Malacca en Malaisie qui a su à travers l’histoire rassembler les influences chinoises, indiennes, portugaises ou encore néerlandaises.

Samarcande, joyau de l’Orient est connue pour avoir été une cité conquise à la fin du premier siècle de l’Hégire et qui selon la légende, a vu naître la fabrication du papier. Cette invention a permis la fondation de la première papeterie de Samarcande et la diffusion du savoir à tout le monde musulman, et par extension à tout l’Europe.

Pour finir, les qualificatifs manquent lorsqu’il s’agit d’évoquer cette cité et le progrès qu’elle a apporté en son temps que ce soit en termes d’urbanisme (canalisations, égouts, éclairage public), ou dans le domaine politique, ainsi qu’au niveau interreligieux. Si l’on veut ternir la réputation des musulmans en termes de respect des cultes à travers l’histoire, il conviendrait surement de revenir à l’Histoire et à se remémorer l’existence d’un patriarcat Chaldéen en Iraq rassemblant à lui seul plus de 300 000 chrétiens en Iraq, et ceci représentant seulement une partie des chrétiens d’Iraq.

Que faire maintenant ? Revenir au premier mot fondateur de l’immense civilisation que nous venons d’évoquer et dont nous avons la chance d’être les héritiers, comme une ordonnance ayant pour but de nous guérir des maux actuels et futurs : إقرأ !

Redouane