« Djihadisme », « radicalisme », « terrorisme » : quelle analyse ?

« Djihadisme », « radicalisme », « terrorisme » : quelle analyse ?

Au lendemain des attentats de janvier 2015 à Paris, une profusion de discours explicatifs et prescriptifs a vu le jour dans l’espace public, s’expliquant notamment par l’ampleur du choc. Les notions de « djihadisme », de « radicalisme » et de « terrorisme » ont alors été mises en exergue et répliquées à souhait mais leur sens est pourtant souvent dévoyé. Quelle analyse est aujourd’hui faite de ces notions et des réalités qu’elles recouvrent? Pour en discuter, la RAMF a reçu Raphaël LIOGIER, sociologue, auteur du Mythe de l’islamisation et directeur de l’Observatoire du religieux, Bernard GODARD, auteur de la Question musulmane en France ainsi qu’Azedine GACI, recteur de la mosquée de Villeurbanne et enseignant-chercheur.

Il apparaît dans un premier temps, essentiel de tenir compte des différences conceptuelles de ces notions. Les djihadistes par exemple, ne passent pas par un endoctrinement politique construit, « ils sautent directement dans la case jihad, sans passer par la case islam », car ils ont préalablement ce désir de violence, comme l’illustre Raphaël LIOGIER. Ainsi, 20 % d’entre eux ne sont même pas nés dans un milieu théoriquement musulman et dans les 80 % restants, ce sont des « musulmans théoriques, par l’origine », qui sont touchés, qui ont généralement évolué dans un milieu très peu pratiquant, et qui ne découvrent l’islam qu’après être devenus des djihadistes, puisque cela « fait partie intégrante de la panoplie ».

Ces individus qui sont progressivement dé-socialisés, qui n’ont pas réussi leur processus d’individualisation et qui portent en eux le poids de leurs rêves déchus d’adolescents, constituent des proies faciles pour les « manipulateurs de conscience ». Ceux-ci peuvent en effet facilement renverser leur stigmate négatif en stigmate positif (« Tu es un héros, tu n’es pas rien, tu es beaucoup plus que les autres, tu as été choisi, mais tu ne le savais pas »). Ces individus sont également dé-socialisés de leur communauté d’origine : « le problème n’est donc pas le communautarisme. »

Par ailleurs, le développement du fondamentalisme, loin d’être l’apanage d’une seule religion, suppose un « retour aux fondements ». Très conservateur, ce courant est, en Islam, profondément anti-djihadiste. « Les salafistes piétistes sont totalement contre le jihad mais quand on se laisse impressionner par leur barbe, c’est peine perdue » ironise LIOGIER.

Selon Bernard GODARD, pour appréhender pleinement les phénomènes de radicalisation il faut passer par une approche multidimensionnelle. Il retient ainsi quatre dimensions principales: l’aspect religieux qui puise dans une compréhension littéraliste; les fragilités de l’adolescence susceptibles d’être exploitées; la dimension sociale de relégation et le facteur géopolitique. A cet égard, il reprend les propos pertinents de Tariq Ramadan qui appelait à ne pas essentialiser les causes des peuples opprimés à travers le monde en « causes musulmanes », et à être au diapason de tous ceux qui souffrent sans distinction de religion. Il semble en effet essentiel de rappeler avec force que notre humanité n’est pas sélective.

Il appelle également à ne pas faire de généralités en ce qui concerne les profils des individus touchés par ces phénomènes qui ont chacun un parcours, une histoire, et une personnalité différente.

Pour LIOGIER, il apparaît aujourd’hui crucial de prendre le phénomène de la radicalisation par ses deux bouts: en s’attaquant d’une part au « marché global de la terreur » qui joue d’internet, et en traitant d’autre part des causes mêmes de la radicalisation qui sont économiques et identitaires dans une société qui stigmatise. Il faut également tenir compte des supports de constructions identitaires que sont notamment internet, et où de nombreux jeunes « se racontent en héros ». Le sociologue propose ainsi de parler de « radicalisation anti-sociale » pour sortir des faux-sens donnés à la notion de « radicalisation » par l’effet de mode qu’elle connaît.

Les solutions récemment proposées par le Chef du gouvernement, Manuel Valls, pour endiguer ces phénomènes, intégraient notamment la formation des imams et des aumôniers musulmans en France. Pour Azedine GACI, cela peut être nécessaire mais certainement pas suffisant pour traiter la question de la radicalisation. Il préconise ainsi davantage d’agir au niveau de l’éducation, notamment au sein des écoles d’arabe et d’éducation islamique. Raphaël LIOGIER insiste quant à lui sur la nécessité de rendre la formation des responsables cultuels désirable et de ne pas la présenter comme un travail de rééducation supposant une présomption de culpabilité a priori des concernés.

N.S

Du don divin à la responsabilité universelle.

Du don divin à la responsabilité universelle.

Dans son intervention, T. RAMADAN explique que s’il est un travail nécessaire à accomplir en tant qu’être humain, a fortiori en tant que musulman, c’est l’élaboration d’un sens pratique. Lorsque Le Très-Haut dit n’avoir envoyé le Prophète que comme une miséricorde, Il nous gratifie en réalité d’un don. Un cadeau. Un bienfait. Ainsi, le Prophète envoyé aux mondes, c’est-à-dire à toutes les réalités perceptibles ou non, passées comme présentes et à venir, est source de bénédiction universelle et intemporelle. Cadeau divin à l’égard des Hommes, le dernier des messagers qui vient clore le cycle de la prophétie est l’expression de l’amour et de la miséricorde divine offerts à l’Humanité. La bénédiction envoyée par Dieu et portée par la personne du prophète doit se saisir dans une philosophie de l’agir. Si l’on devient le réceptacle, par décret divin, d’une qualité inhérente à l’Humanité, c’est dès lors un devoir éthique qui est exigé de l’Homme. En effet, le prophète est une bénédiction, il est même LA bénédiction. Et si Mohammed (saw) est l’expression de la miséricorde incarnée par la meilleure des personnalités, il revient au commun des mortels de faire de cette qualité essentielle un chemin d’accès vers la voie du sens. Comprendre que la miséricorde définit l’Homme, c’est traduire cette compréhension dans sa réalité. Il faut être une bénédiction en traduisant de façon cohérente les principes embrassés par la conscience croyante, et les extérioriser par un ethos de l’agir. De ce point de vue, le principe fondateur et architectonique est la reconnaissance de l’Unicité de Dieu par la conversion du cœur. La conscience croyante au moment où elle se saisit comme telle dans la conversion, s’interroge dans le même temps sur le sens de l’existence et de la cohérence entre sa croyance et son éthique de l’agir. La conversion du cœur provoque ainsi une conversion du regard. Partant de l’intimité de l’être dans la proximité du divin, il faut ouvrir ses sens à la création du Très-Haut, cadeau de l’expression de sa présence esthétique dans le monde. « Dieu est Beau et Il aime la beauté » implique que la conscience croyante puisse saisir la beauté et l’harmonie de l’Univers. Si Dieu est Beau et que sa création est la traduction de son sens esthétique, l’Homme doit se penser dans une philosophie esthétique de l’agir. Croire et comprendre pour agir, et agir conformément à sa compréhension est le sens même de la beauté. Cette dernière réside ainsi dans la cohérence du tout, c’est-à-dire l’harmonie des dimensions croyante, éthique et esthétique appelant un impérieux devoir de liberté, d’égalité et de fraternité. Car « n’a pas atteint la plénitude de la foi, celui qui n’aime pas pour autrui ce qu’il aime pour lui-même ». Cette tradition prophétique assène une vérité existentielle des plus fondamentales. Autant, nous parvenons seuls au bout du chemin, autant notre chemin vers Dieu passe nécessairement par autrui. Mon semblable a donc un rôle majeur à jouer dans mon ascension vers Dieu. Et même si la présence d’autrui me gêne, ma responsabilité est de la transformer en une bénédiction, car il n’en demeure pas moins que son existence et notre coexistence est un pluralisme voulu par Dieu. C’est dans le respect de la pluralité des Hommes que se réalise le devoir d’égalité, car la distinction auprès de Dieu n’est pas physique et apparente mais elle est éthique et spirituelle. Cela étant dit, la conscience croyante se saisit dans une perception universaliste promouvant une célébration du Bien reconnu comme tel par la collectivité conformément à la parole divine. A la philosophie esthétique de l’agir, s’ajoute la dimension universaliste du Bien. Cette pratique, si elle est comprise dans une perspective universelle, met au centre de ses priorités les finalités. Des finalités dérivées d’une réconciliation entre les principes portées par la conscience croyante, sa philosophie esthétique de l’agir célébrant la pluralité des dignités humaines. La bénédiction en la personne de Mohammed (saw) envoyée il y a plus de 1400 ans doit alors se comprendre comme une invitation à l’Universel à travers cette philosophie esthétique de l’agir. Cette conception acceptée s’offre alors comme une expression de la dignité humaine par la conscience croyante comme cadeau des hommes envers eux-mêmes conformément aux exigences divines.

EMA

Discours d’Amar Lasfar, président de l’UOIF

Discours d’Amar Lasfar, président de l’UOIF

La Rencontre Annuelle des Musulmans de France, fut un temps, s’appelait « Le Congrès Annuel de l’UOIF ». Puis, en 1988, l’Union a décidé d’offrir cette Rencontre aux musulmans de France pour qu’elle soit leur rendez-vous annuel de retrouvailles, de rencontres et d’échanges. Cette rencontre a bien sûr évolué avec le temps et s’est développé tant sur le fond que sur la forme. Elle est progressivement  devenue un événement incontournable pour les musulmans de France et même d’Europe.

La RAMF est l’occasion de créer un cadre de débats, de discussions et d’échanges autour d’un thème, en invitant des conférenciers, des savants, des universitaires, des hommes et des femmes de terrain qui apporteront leurs  contributions et leurs éclaircissements.

Cette année, c’est un thème cher à nos cœurs que nous avons choisi : « Mohammed, Prophète  de miséricorde et de paix ». Si la personne du Prophète constitue l’axe principal de la Rencontre, nous traiterons aussi de ce qui préoccupe les citoyens de confession musulmane que nous sommes.

Nous avons connu un début d’année qui a marqué les esprits du monde entier. Durant les événements tragiques de Janvier dernier, les musulmans de France ont montré une fois de plus, qu’ils sont d’abord des citoyens avec toutes les attitudes responsables qui étaient les leurs et par des prises de positions sans aucune ambiguïté dans la dénonciation de la barbarie et du terrorisme.

Ils ont tous dit, d’une même voix, sans concertation aucune, que le terrorisme n’a pas de religion et a fortiori, ne peut s’appuyer ni se référer à la nôtre qui est une religion de paix et de miséricorde

Depuis sa création, l’UOIF a forgé son identité autour d’un certain nombre de concepts tels que l’indépendance, une lecture authentique et contextualisée de l’islam, la pratique du juste milieu et un discours éclairé.

Grâce à cela, l’UOIF a fondé son école de pensée et de pratique, qui puise sa liberté dans sa citoyenneté et dans la capacité d’adaptation de son islamité.

L’UOIF a été le précurseur dans de nombreuses initiatives. Parmi ses initiatives, l’élaboration d’une compréhension et d’une pratique de l’islam propre à son environnement. L’UOIF, qui refuse les excès de l’intransigeance et de la négligence, refuse par la même occasion, de s’identifier à une école théologique, canonique ou idéologique particulière. En effet, l’UOIF adopte une lecture de l’islam qui met l’accent sur les finalités de celui-ci, à savoir la recherche de la facilitation, le recours à la dérogation, l’acceptation de la divergence, et la reconnaissance de l’autre quelles que soient ses convictions.

Cette lecture de l’islam repose sur les règles suivantes : une compréhension fondée qui tient compte des particularités du contexte et s’appuie sur le Coran et la Tradition du Prophète, les deux sources étant indissociables. L’intérêt de cette démarche est de permettre à l’islam de s’adapter, aux musulmans de trouver des solutions aux difficultés liées à l’exercice de leur culte, et d’éviter ainsi de créer des crises au sein de la société. L’UOIF s’oppose radicalement aux discours de rupture, qui appellent à la haine et à l’intransigeance. Les actes terroristes ne peuvent se reconnaître en l’islam et vice versa. En aucun cas, l’islam ne tolère de répondre à une injustice par une autre injustice.

C’est grâce à la reconnaissance et au respect de la diversité, que plusieurs initiatives de dialogue ou de coordination ont pu voir le jour, comme l’instance représentative du culte musulman, le CFCM, qui a été créé les 3 et 4 mai 2003. En outre, il est primordial de rappeler que les musulmans n’ont pas de problème avec le principe de la laïcité, tel qu’il est défini par les textes, soit une laïcité tolérante, ouverte et généreuse qui accepte l’expression religieuse dans le cadre des lois en public ou en privé, collectivement ou individuellement. Ces dernières années, nous constatons avec regret qu’une autre lecture politico-idéologique de la laïcité a pris le dessus au mépris de l’esprit de la loi de 1905. Enfin, je ne peux conclure sans dire un mot sur ce qui se dessine comme contribution des pouvoirs publics à l’œuvre dans l’organisation du culte musulman dans notre pays. Un certain nombre de déclarations de politiques visent à mettre en place un conseil de dialogue avec l’islam. L’UOIF suit avec beaucoup d’attention et d’intérêt, que ce soit au niveau local ou national, ces débats et attend les résultats et les conclusions qui sortiront de ces rencontres.

L’esprit de réforme au regard des lumières de l’islam

L’esprit de réforme au regard des lumières de l’islam.

La parole de Dieu est un lieu de rencontre entre l’homme et son Créateur, et c’est ce qui a fait la grandeur de l’islam. Avant l’islam, explique T. OUBROU, les prophètes réformaient le message de Dieu dans leur époque et leur contexte, à travers le langage du prophète et du peuple. Dieu réformait son propre message. Mais avec l’avènement du Prophète (saw), ce processus s’est arrêté. Mais, ce n’est qu’une clôture en apparence. Si la Révélation a été clôturée définitivement, ce sont les disciples du Prophète (saw) qui reformulaient l’islam dans la culture et les exigences de l’époque. Cette réforme se fait par des hommes et des femmes qui ne sont pas des prophètes, mais usent de leur raison. Désormais, l’homme va traduire le message de Dieu pour parler à son peuple à son époque. C’est une permission et une obligation. C’est une construction humaine. Avant de pratiquer, il faut penser, comprendre, et cette tâche incombe aux savants. L’universalité de l’islam se concrétise dans la diversité des situations. L’universalité des valeurs est la traduction culturelle de ces valeurs, dans les cultures et les époques. M. BAJRAFIL confirme cette idée selon laquelle le besoin de réformes et de réformateurs s’impose comme une vérité incontournable, et précise que dès l’instant où l’on sait que Dieu a révélé sa parole au Prophète (saw), il a voulu qu’il y ait plusieurs façons de l’aborder. L’islam n’a jamais appelé à la stagnation. Finalement, le Coran exige de la part des musulmans qu’ils pensent, les pousse à réfléchir sur ses textes. Que chacun aille à la source des textes, pour puiser ce que Dieu a voulu qu’il comprenne, donc cette compréhension de l’homme n’est pas immuable tout ce qui vient des hommes donne donc lieu à débat. M. RAMADAN affirme que l’idée de réforme vise un objectif précis : il s’agit de savoir comment notre compréhension des textes et de leurs principes peut rester fidèle en considérant la temporalité. La fidélité ne se mesure pas par la répétition du texte que l’on cite, mais par l’intelligence. Le Prophète (saw) avait une intelligence de la société qui a permis la traduction du texte dans sa société, dans son environnement. M. RAMADAN distingue donc trois dimensions au travail que le musulman qui lit les textes à la lumière des textes a à faire. Tout d’abord, il s’agit d’admettre que dans la lecture du texte, il y a du savoir humain. Il faut que les savants développent une réflexion sur les sources fondamentales. Ensuite, il y a le critère de la meilleure compréhension de nos questions contemporaines liées au lieu où on est. Enfin, il faut rechercher le moyen de rester fidèle à ces textes et leurs interprétations dans les sciences contemporaines. Il s’agit, insiste M. RAMADAN, d’arrêter de penser l’islam par la règle qui limite, mais par la conception qui ouvre. Zainab

Aimer Dieu et son Prophète !

 

Dans son intervention, Mohamed Minta évoque l’amour que le croyant éprouve pour Dieu et son prophète. Il affirme qu’à la lumière de l’actualité, cet amour reste pour ceux qui ne connaissent pas l’islam un questionnement, une incompréhension, voir une appréhension…

Pourquoi doit-on aimer le Prophète (saw) ? Il faut savoir que l’amour du Prophète (saw) est une exigence de la foi, un fondement de la foi et de la croyance. On ne peut pas être un véritable musulman, un véritable croyant tant que, le Prophète (saw) ne sera pas plus aimé de nous, que toute autre chose et que toutes autres personnes qu’on peut aimer dans cette vie. Car Allah (SWT) nous dit dans le Coran : « Dis : «  Si vos pères, vos enfants, vos frères, vos épouses, vos clans, les biens que vous gagnez, le négoce dont vous craignez le déclin et les demeures qui vous sont agréables, vous sont plus chers qu’Allah, Son messager et la lutte dans le sentier d’Allah, alors attendez qu’Allah fasse venir son ordre. Et Allah ne guide pas les gens pervers ». »

De ce discours, il faut retenir que l’amour du prophète (saw) relève de l’amour d’Allah (SWT). Il était le plus généreux des hommes. On ne pouvait le côtoyer sans l’aimer car il avait toutes les qualités pour être aimé. Le Prophète (saw) est ainsi le cadeau d’Allah à l’univers. C’est par son biais que l’islam est parvenu aux hommes.  Le musulman doit l’aimer lui et sa famille. Il doit le prendre comme modèle quant à la profondeur de sa foi, son dévouement pour son Seigneur, et sa miséricorde pour l’Humanité et sa communauté.

Loin des débats d’opinions habituels et des jugements hâtifs, Mohammed Minta  rappelle le sens de l’islam : une foi animée du plus beau des sentiments : l’amour.

A lui de conclure devant un auditoire conquis: « Qu’Allah nous accorde son amour, et l’amour de son Prophète (saw) et de tout être qui nous permet de parvenir à aimer Allah et son Prophète (saw) de tous nos cœurs. »

La famille et le modèle prophétique

Le prophète Mohammed (saw) est un modèle pour l’humanité dans toutes les sphères de la vie et y compris dans la vie familiale. Il a été le meilleur époux, le meilleur père et grand-père pour sa famille.

La famille est un don d’Allah, elle permet d’apporter stabilité et équilibre dans la vie de chaque individu. C’est sur cette base que peut se construire une société. Une famille se fonde d’abord sur la rencontre d’un homme et d’une femme qui vont apporter dans le couple une éducation et un parcours de vie différent. Sur cela, ils devront se compléter et faire certaines concessions pour pouvoir mener au mieux leur vie. Leur proximité va permettre de renforcer leurs liens et à ceci s’ajoute l’amour et la tendresse qu’Allah a instaurées au sein du couple. Dieu a décrit le conjoint comme étant un habit, et qu’y-a-t-il de plus proche pour nous que les vêtements que nous portons ?

A travers son propos, Hela KHOMSI dresse une liste des différentes caractéristiques d’une famille heureuse. La première des choses, est le dévouement à Allah, et quoi de plus beau que lorsqu’une famille mène son chemin sur les voies de la piété ? C’est sur cette base que doit se reposer la famille musulmane.

Puis, bien évidement l’amour que l’on porte envers son conjoint et ses enfants. Cet amour peut être exprimé de différentes manières : par des paroles, des gestes, des cadeaux ou bien par des services rendus. À chaque famille sa manière de l’exprimer. Le Prophète Mohammed (saw) a exprimé publiquement son amour pour son épouse Aicha. Lorsqu’un compagnon lui a demandé qui aimes-tu le plus ? Il lui répondit Aicha. Le compagnon a repris sa question en lui demandant qui aimes-tu le plus parmi les compagnons ? Le Prophète lui répondit « le père de Aicha » Aboubakr Sadik.

Il doit régner dans le foyer familial une atmosphère de douceur et de bienfaisance, c’est-à-dire faire de son mieux pour apporter dans le foyer du bien sous toutes ses formes. Il est nécessaire de rappeler la notion d’entraide car Aicha nous a informé que le Prophète Mohammed (saw) était disponible pour toutes les tâches du foyer jusqu’à ce qu’arrive l’heure de la prière.

N’oublions pas l’importance de la communication et de la concertation, ce sont là des axes qui permettent de renforcer la complicité du couple et d’améliorer la cohésion familiale. Mener des projets communs dans la famille est aussi une manière de consolider les liens.

Ahmed MIKTAR, quant à lui, souligne que la famille musulmane est touchée par les mêmes problèmes que toutes les familles dans la société. Ces différents problèmes sont entre autre dû à un dysfonctionnement dans l’éducation. Ce dernier est un processus qui doit être permanent. Nous pourrions même dire que l’éducation dans une famille commence déjà par le choix de l’époux ou de l’épouse, car l’on choisit le conjoint qui sera le père ou la mère de nos futurs enfants. L’objectif du couple sera alors de donner la meilleure éducation à leurs enfants et d’être le meilleur modèle pour eux.

Asma.

Les réponses de l’UOIF face aux défis de la communauté nationale

Les réponses de l’UOIF face aux défis de la communauté nationale

Amar LASFAR, président de l’UOIF, identifie plusieurs défis de la communauté nationale auxquels les musulmans de France sont confrontés. M. LASFAR cite un premier défi : il y a en France autant de communautés que de musulmans. Nous avons un certain nombre de communautés composant la communauté musulmane, ce qui est quelque chose de naturel. Cependant, il s’agirait de savoir comment arriver à faire de ces différentes composantes de la communauté, une communauté homogène.

Le second défi est le défi du pluralisme, alors que l’état ne reconnaît aucun culte, aucune communauté. Il s’agit de se concentrer sur nos points communs, sans pour autant faire disparaître nos différences. Au sein de la communauté musulmane, il y a ce problème à gérer : la difficulté au sein du pluralisme. Mais, ce n’est pas pour autant que nous n’avons pas la foi et que nous ne sommes pas des musulmans.

Le troisième défi, poursuit M. LASFAR, concerne la lecture de l’Islam en France. Certains musulmans s’y opposent, cependant, insiste le président de l’UOIF, la lecture des textes vient de l’homme ; elle n’a jamais été révélée. Dieu a révélé un texte, et non une compréhension. La lecture est laissée à la portée de l’homme. Il y a plusieurs lectures du Coran : la lecture extrémiste, laïque, philosophique, culturelle etc… Seulement, l’UOIF s’est dotée d’une lecture ; elle est une école de pensée fondée sur trois principes. Tout d’abord, il faut une compréhension fondée sur des textes, notamment le Coran et la sunna. Par ailleurs, la pratique doit être éclairée. Enfin, il faut une fatwa adaptée qui, étant l’avis d’un homme sur le texte, n’est pas un principe religieux et n’est donc pas immuable. Et, le fiqh désigne la compréhension de ces textes par l’homme.

Le quatrième défi renvoie à la nécessité d’un discours cohérent. Les musulmans doivent savoir ce qu’ils veulent dans ce pays et exprimer leur solidarité avec les autres pays, mais pas en tant qu’ambassadeurs de ces causes.

Enfin, M. LASFAR identifie un cinquième et dernier principe qui renvoie au défi des institutions. Il est demandé à l’homme de s’investir pour ces institutions. L’institutionnalisation du travail dans ces structures est l’un des défis qui se posent à la communauté. Par exemple, la mosquée est une institution, l’école également. Il faudrait s’investir et créer d’autres institutions et ne pas se cantonner à des institutions religieuses.

Zainab

Le prophète, les femmes et la sunna.

Le prophète, les femmes et la sunna.

Dans cette table ronde, Nouria Haddou et Noura Jaballah aborde la question des relations entre le prophète de l’islam et les femmes. On pense souvent de nos jours que l’égalité homme-femme, la parité, la lutte contre les discriminations faites aux femmes font partie intégrante du monde moderne. Pourtant, il y a de cela quatorze siècles un grand homme nous prouvait le contraire.

Notre Prophète Mohammed bien-aimé (saw), sceau des Prophètes, envoyé comme miséricorde pour l’humanité, est un exemple spirituel mais avant tout humain.

La sunna du Prophète est l’ensemble des actions et injonctions que tout musulman se doit de suivre pour accéder au plus haut degré de foi. Suivre la sunna du Prophète ne se résume pas à copier son apparence, chaque musulman se doit de chercher à le suivre en profondeur, dans son humanisme, sa relation avec Allah, sa bienveillance, sa douceur et sa moralité. Un des sujets les plus riches en enseignements est la relation et le comportement du Prophète avec et envers les femmes. L’ère pre-islamique est tristement célèbre pour sa domination masculine et les maltraitances qui étaient faites aux femmes et aux filles. Un des buts majeurs de la Révélation a été d’adoucir cette société misogyne, de rétablir les droits des femmes et de mettre l’homme et la femme sur un même pied d’égalité. La relation que le Prophète (saw) entretenait avec ses femmes et les femmes de sa communauté est relaté dans de nombreux Hadiths. Il était un symbole de délicatesse et de douceur, il a exhorté à la bienveillance envers les femmes et leur a rendu leur dignité. Il a interdit aux hommes d’empêcher leurs épouses d’aller à la mosquée et d’assister à ses sermons. Les femmes étaient présentes dans toutes les sphères et donnaient leur avis dans tous les domaines. Elles étaient souvent mises dans la confidence dans les stratégies politiques et militaires. Leur point de vue et leurs conseils étaient écoutés et pris en considération. Le Prophète prenait également le temps de toujours écouter attentivement leurs plaintes et répondait à leurs questions, même les plus intimes.

Connaissant son peuple et se méfiant des réfractaires, il a répété une ultime fois, à l’occasion de son célèbre sermon d’adieu de bien se comporter avec les femmes car «le meilleur d’entre vous est le meilleur envers sa femme ».

Un des principaux défis de notre temps pour les hommes et surtout les femmes musulmanes est d’œuvrer pour un retour aux sources. Les femmes de plus en plus stigmatisées doivent sortir de la victimisation. Elles doivent déconstruire les préjugés chez les non musulmans autant que chez les musulmans et redonner aux femmes la place qui leur revient de droit.

Le travail d’aujourd’hui est de diffuser le modèle du Prophète (saw) et de s’inscrire dans ses valeurs d’humanisme et d’universalisme pour répondre aux souffrances et combattre les injustices faites aux femmes partout dans le monde.

Hames

La présence musulmane en occident : l’exemple du CAIR

La présence musulmane en occident : l’exemple du CAIR

CAIR, Conseil pour les Relations Islamico-Américaines, est une association ayant pour but, depuis maintenant plus de 20 ans, d’« améliorer la compréhension de l’islam, encourager le dialogue, protéger les libertés civiles, responsabiliser les musulmans américains, et de construire des alliances afin de favoriser la justice et une compréhension universelle » explique son président Nihad Awad. Le Conseil est aujourd’hui une organisation visible, active et incontournable dans le paysage américain. Nihad Awad nous présente cette association, en nous partageant quelques chiffres significatifs. Le CAIR organise plus de 40 événements de formation civique chaque année et des campagnes d’information sur l’Islam. Le Conseil a également distribué gratuitement 100 000 Coran à travers les USA, intervient dans nombres de procès avec le plus souvent la victoire comme issue, etc… N. Awad nous donne aussi fièrement certains exemples d’actions très concrètes, comme l’affaire Walt Disney, où ils sont parvenus à faire changer la législation de la compagnie, permettant aux femmes voilées de travailler en son sein, ou encore le « procès Nike », lors duquel ils ont obtenu le retrait d’un produit considéré comme offensant envers l’islam.

Selon lui, la popularité de ce mouvement vient de la prise de conscience des citoyens américains musulmans de l’importance d’agir, notamment en luttant contre la désinformation de leurs concitoyens concernant leur religion, et non plus de se plaindre passivement, afin de faire valoir leurs droits et l’importance de respecter l’égalité pour tous les américains quelle que soit leur religion. L’accent est également mis sur la nécessité de former et sensibiliser les jeunes sur ces sujets, afin d’assurer une véritable pérennité à nos mouvements, ne devant pas être seulement des réactions spontanées à certains événements, mais plutôt une construction solide à long terme.

Ce type d’organisation n’existant pas en France, N. Awad termine son intervention en incitant à la création d’un mouvement semblable en France, et à un travail des musulmans Français dans ce sens, en proposant l’aide de CAIR, pouvant apporter son expérience déjà acquise sur ce terrain .

Adam

Un islam de paix : un message authentique

Un islam de paix : un message authentique

Des traductions occidentales traduisent l’islam par la soumission à Dieu, qui nous prive de notre raison et nous est imposé. Mais, ce terme islam, qui vient du radical salama, signifie quelque chose exempt de tout défaut, de paisible, affirme M. BENMANSOUR. L’islam ne désigne pas la soumission, mais la pacification. C’est la religion qui œuvre pour la paix intérieure du musulman.

L’islam rétablit les communications entre l’esprit et la raison. Si l’esprit et la raison sont en conformité, nous sommes en paix ; et c’est la sérénité que l’islam établit. Au lieu d’entrer en conflit avec Dieu et donc de vivre frustré, l’islam permet la paix et sérénité entre la créature et son Dieu. L’homme prend là sa place dans l’univers. Et plus cette paix est solide et sereine et plus l’amour de l’homme pour son Dieu est grand.

Le message de Dieu nous permet le bonheur, et qui ne veut pas le bonheur ? Allah soumet tout l’univers, visible et invisible, à la volonté de l’homme. Pour les courts désagréments ou gênes de la vie quotidienne que l’individu accepte avec patience et endurance, Allah lui donnera des satisfactions et des bénédictions. Dieu nous accorde tous les jours des bienfaits. La prière quotidienne permet d’entretenir cette paix intérieure et de la vivre, c’est un instant privilégié de partage avec Dieu.

L’islam impose cette paix entre la créature et son Créateur, mais également dans les relations entre les individus. L’enseignement de l’islam c’est la pacification. Le premier crime dans le ciel, et le premier crime sur terre avaient pour cause la jalousie, le regard des bienfaits des autres en oubliant les siens. Il faut être heureux pour l’autre et adresser une demande à Dieu pour le remercier des bienfaits dont il nous fait grâce chaque jour : « Ô mon Dieu, sauvegarde ce que tu m’as donné ». Le bonheur est un don qu’Allah nous donne dans notre cœur. L’islam impose la pacification dans notre relation avec les autres, de vouloir le bonheur de l’autre, comme l’on souhaite le sien.

En observant la création d’Allah, l’homme est en communication permanente avec toute la création autour de lui ; il est en paix. Il est en harmonie avec l’univers. L’islam c’est donc la pacification de toutes relations, et là est la réalisation du sens de l’islam et c’est pour  cette raison que la religion musulmane est une fierté. Le musulman atteint ainsi la paix intérieure.

Zainab