28 mars 2015 admin

Héritage et devoir de mémoire

Il est devenu fréquent lorsque l’on se penche sur l’histoire de la civilisation musulmane de se retrouver inspiré par des évènements, des idées, et plus épisodiquement par des noms. Paradoxalement, ces inspirations manquent parfois de profondeur et sont souvent aussi superficielles que le flash d’un appareil immortalisant un moment pourtant éphémère.

Embarrassant est l’un des qualificatifs qui serait le plus approprié à ce phénomène lorsque l’Histoire a un rôle de ciment supposé solidifier la fragilité de notre patrimoine civilisationnel. Surtout à une époque où le croisement des civilisations, des courants de pensée et l’évolution rapide de la technologie requiert de se raccrocher à des repères solides si l’on ne veut pas se voir déconnectés du glorieux passé de nos ancêtres. D’autant que si l’Histoire est écrite par d’autres, ils n’en auront que plus de liberté pour y faire passer des messages et interprétations qui leur sont propres et qui parfois peuvent aller au-delà de l’objectivité à laquelle doit se raccrocher tout historien qui se respecte.

Ceci n’est pas forcément le fruit d’une mauvaise volonté mais peut être seulement la conséquence d’une conception erronée bâtie dans l’inconscient collectif.  La raison de ce constat est qu’il nous arrive inconsciemment de ne pas considérer la grandeur de la civilisation musulmane à sa juste valeur. Et quand bien même nous le faisons, nous ne disposons que de bribes et de grandes idées que nous essayons d’étirer au maximum afin de couvrir notre ignorance. Seulement, il s’avère très vite que la pauvreté en termes de détails et de contenu nous renvoie à l’image d’un adulte qui étire un vêtement d’enfant pour s’en vêtir au point de le déchirer.

Ayant pointé cette lacune, revenons sur les temps forts d’une civilisation qui a marqué le monde à jamais par son éclat et sa grandeur. Méconnue par certains, la Constitution de Médine est un évènement historique immortalisé dans un texte définissant les grandes lignes du vivre-ensemble au sein de la cité médinoise. Un texte permettant de vivre avec des lois propres en s’affranchissant des dissensions externes à la société de l’époque. Ce sont ces principes qui dans le futur s’étendront à tous les territoires musulmans et permettront aux différentes communautés d’être respectées en terre d’islam, fussent-elles juives, chrétiennes ou d’autres religions.

Dans la continuité de ce texte fédérateur, la civilisation Andalouse peut être désignée comme l’exemple-type du résultat positif sur le long terme. Richesse spirituelle, économique, intellectuelle mais également artistique sont les caractéristiques de cette civilisation à découvrir car nulle satisfaction n’est plus grande que lorsque l’on dépoussière soi-même les pans obscurcis de son histoire.

Ensuite, vient le contre-exemple parfait du cliché représentant les conquêtes de l’islam par l’épée. L’Asie du Sud-Est, où, il est bien connu, l’islam a été transmis par le biais des marchands musulmans. Pour ce faire, l’étude de l’histoire est intéressante en prenant par exemple la ville de Malacca en Malaisie qui a su à travers l’histoire rassembler les influences chinoises, indiennes, portugaises ou encore néerlandaises.

Samarcande, joyau de l’Orient est connue pour avoir été une cité conquise à la fin du premier siècle de l’Hégire et qui selon la légende, a vu naître la fabrication du papier. Cette invention a permis la fondation de la première papeterie de Samarcande et la diffusion du savoir à tout le monde musulman, et par extension à tout l’Europe.

Pour finir, les qualificatifs manquent lorsqu’il s’agit d’évoquer cette cité et le progrès qu’elle a apporté en son temps que ce soit en termes d’urbanisme (canalisations, égouts, éclairage public), ou dans le domaine politique, ainsi qu’au niveau interreligieux. Si l’on veut ternir la réputation des musulmans en termes de respect des cultes à travers l’histoire, il conviendrait surement de revenir à l’Histoire et à se remémorer l’existence d’un patriarcat Chaldéen en Iraq rassemblant à lui seul plus de 300 000 chrétiens en Iraq, et ceci représentant seulement une partie des chrétiens d’Iraq.

Que faire maintenant ? Revenir au premier mot fondateur de l’immense civilisation que nous venons d’évoquer et dont nous avons la chance d’être les héritiers, comme une ordonnance ayant pour but de nous guérir des maux actuels et futurs : إقرأ !

Redouane

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