28 mars 2015 admin

Liberté d’expression et devoir de responsabilité

Mai 2002. Oriana Fallaci écrit que les musulmans « se multiplient comme des rats. »

Octobre 2003. Claude Imbert déclare « « Il faut être honnête. Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire.»

Mars 2004. Une loi liberticide est votée pour interdire aux jeunes françaises voilées d’aller à l’école.

Janvier 2005. Publications des caricatures dites de « Mahomet ».

Février 2015. Dix ans plus tard, Nicolas Sarkozy ex-président de la République française affirme « Nous ne voulons pas de femmes voilées. »

De nos jours, et sous couvert de liberté d’expression, nous assistons à un ballet politico-médiatique dont la scène principale se rejoue sans cesse : la surenchère raciste et islamophobe. Les évènements tragiques qui ont secoué la France en janvier dernier ont été une triste circonstance de relancer le débat à propos d’une liberté fondamentale qui garantit la « libre communication des pensées et des opinions pour tous » (Art. 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789). D’aucuns, sous le coup de l’émotion ou de l’excès de zèle ont affirmé tambour battant que la liberté  d’expression était la liberté de tout dire. D’autres voix se sont élevées afin de rappeler que, bien que la liberté d’expression, notamment au sens de caricature et de satire soit une tradition française acquise au prix du sang, elle n’en reste pas moins encadrée par la loi. Par ailleurs, qu’il s’agisse d’intellectuels, d’écrivains, de penseurs ou de simples citoyens, beaucoup ont pointé du doigt l’absence de traitement égalitaire des sujets critiqués lorsqu’il s’agit de liberté d’expression.

Aussi, plusieurs questions se posent. En effet, la liberté d’expression est-elle la liberté de tout dire ? Si oui, cette conception de la liberté existe-t-elle réellement d’un point de vue juridique, et s’exerce-t-elle de façon juste et équitable à l’endroit de tous ? Quel est le rôle d’une telle liberté ? Car une liberté non encadrée, absolue ou anarchique donc, continue-t-elle d’être liberté ? En d’autres termes, questionner la nature et le rôle de la liberté d’expression, est-ce la nier, la remettre en cause ? Ou est-ce en réalité le moyen d’en user avec bon sens et intelligence ?

La DDHC, qui est également le préambule de la Constitution française, nous éclaire sur le terme même de liberté. L’article IV de la DDHC affirme que la liberté « consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui […] ». Or, lorsque d’aucuns appellent au droit à la haine et au devoir d’islamophobie (Dans un article paru le 6 novembre 2012, Maître Bonnant affirmait que l’islamophobie n’était pas un droit mais un devoir) ceux-là ne débordent-ils pas du cadre légal assurant la liberté ?

Il semble qu’avoir sacralisé la liberté d’expression au point d’en faire une liberté intouchable, c’est nier à autrui la possibilité de cette même liberté, et par extension le priver de toutes les autres. Car sur le terrain des opinions, ce sont essentiellement les libertés qui s’affrontent, chacun estimant avoir le droit et la raison de son côté. Néanmoins, c’est trop vite oublier que la liberté d’expression, au même titre que d’autres libertés sont encadrées par la loi  et que cette dernière interdit le racisme et la diffamation. Le droit et la jurisprudence modèrent donc la liberté d’expression, et paradoxalement ils en sont les garants.

D’Ibn Tofaïl à Kant en passant par Rousseau, tous affirment que les libertés naissent du sens des limites. En ce sens, la liberté d’expression ne peut se définir par l’absence totale de contrainte exercée sur l’individu qui en jouit, ce qui serait de fait incompatible avec la possibilité même d’une société pacifiée. Car, comment maintenir le lien social, comment garantir la paix et la stabilité d’un Etat s’il était donné à chacun la liberté de dénigrer autrui sans être inquiété par le droit et la justice ? La liberté d’expression s’accompagne donc sans nul doute d’un devoir de responsabilité.

Les Français de confession musulmane n’ont jamais refusé la critique constructive, tout comme ils n’ont jamais voulu restreindre la liberté d’expression ou toute autre liberté. Ils souhaitent simplement, au nom de cette liberté, faire entendre leur voix et demandent à ce que la loi et la déontologie soient respectées dans l’usage des libertés afin de promouvoir des opinions libres, honnêtes, pluralistes et véridiques. De ce point de vue là, il serait bon de prendre exemple sur des hommes qui ont marqué l’Histoire et qui ont faire preuve de probité intellectuelle à l’instar de l’écrivain et satiriste Thomas Carlyle affirmant que « C’est une honte pour chacun d’écouter les accusations disant que l’islam est un mensonge et que Mohammad est un imposteur et un falsificateur. On l’a distingué pendant toute sa vie  avec des principes inébranlables, une sincère détermination, bienveillant, généreux, compatissant, pieux, vertueux, digne d’éloges, libre, humaniste […] Il était un grand homme par sa nature.

Voilà pourquoi les musulmans sont aujourd’hui consternés et tiennent à faire entendre leur voix. Non pas parce qu’ils sont blessés par la revendication au droit à l’ignorance et la méchanceté gratuite, mais ils sont choqués par le manque criant d’honnêteté et de connaissances historiques. A ceux qui ont délibérément sacrifié leur conviction et ont entaché la liberté d’expression, les musulmans laissent le soin à ceux de ce monde qui font autorité à vos yeux de vous dire que « Nous les Européens avec tous nos concepts n’avons pas pu atteindre ce que Mohammad a atteint et nul ne pourra le dépasser. »

EMA

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