21 avril 2014 soufiane

Musulmans français, quel héritage ?

Participants: Mohamed RAMOUSI, Omero MARONGIU-PERRIA, Tareq OUBROU

L’héritage est une base civilisation inébranlable. Ibn Khaldoun – grand savant médiéval – disait : « Celui qui n’a pas de passé n’a pas de futur ». De nos jours, une partie des français de confession musulmane ne se sent pas suffisement française. L’islamophobie ambiante et une certaine méconnaissance de l’héritage islamique poussent certains au repli communautaire bien qu’ils soient des Français à part entière. Il y a, pour certains, une difficulté à se sentir français et musulman à la fois, pensant que ces dimensions de l’identitaire se contredisaient l’une l’autre. Les musulmans français, ou les Français de confession musulmane – en soit l’appellation exacte importe peu si le sens réel est compris par tous – ont une histoire très ancienne en Occident. Cette histoire est bel et bien un héritage et non un handicap.

Il a été demandé à Omero Marongiu-Perria si nous pouvions parler d’un héritage français musulman. Celui -ci répond par l’affirmative en rappelant l’histoire de la présence musulmane en Occident et plus particulièrement en France. Cette présence remonte au VIIIe siècle à l’époque de la conquête en Hispanie (Espagne actuelle) et en Septimanie (région du sud de la France actuelle). L’intervenant rappelle au passage l’excellent livre de Didier Ali Hamoneau, L’histoire méconnue de l’islam en Gaule, qui retrace justement l’historique de la présence musulmane en France et dont il conseille la lecture à la communauté musulmane.  Preuve en est donc que l’héritage de France doit pleinement être repris par les musulmans qui ont la pleine légitimité de le faire. Malheureusement, cet héritage n’est pas suffisamment mis en valeur. Il est primordial que les musulmans revivifient ce patrimoine trop peu connu. Une méconnaissance, produit – en partie – d’un apport islamique à la société française très sous-estimé par les musulmans eux-mêmes.

Un héritage français qui est compatible avec l’éthique islamique ? Bien entendu, répond Tareq Oubrou. Et même plus, il est nécessaire de se réapproprier cet héritage pour ne pas créer un islam « d’aujourd’hui », c’est-à-dire sans référentiel historique. La fabrique d’un islam nouveau qui se crée à partir de rien est une vision tenue par certains jeunes qui n’ont pas la culture de transmission qu’avaient leurs prédécesseurs. Les nouvelles générations, n’héritent pas suffisamment de l’héritage parental pourtant très riche. Un héritage éthique, théologique et philosophe qui manque cruellement aux jeunes générations. Comme nous le rappelle le professeur Oubrou, la religion se transmet également à travers la culture. Et c’est justement cette culture qui fait défaut aujourd’hui. L’enjeu serait donc de « réécrire l’histoire de France à la lumière de l’apport de la civilisation islamique ».

Pour Mohamed Ramousi, il a y a non-sens de vouloir opposer l’héritage à l’idée de réforme et de progrès car l’héritage n’est qu’une transmission de patrimoine tandis que l’idée de réforme est avant tout sociétale et politique. Il est nécessaire de rappeler – pour rester sur une compréhension authentique de l’islam – que « chaque texte a un contexte » nous dit le jeune théologien. On parlera ainsi, pour définir l’héritage, de tradition, c’est-à-dire d’une transmission de savoir tout en la comprenant dans son contexte temporel et spatial. Le Prophète (pbsl) nous dit que « Les savants sont les héritiers des prophètes ». A travers ce hadith, il nous est rappelé que la notion d’héritage est très ancienne dans la culture islamique. Les savants de la communauté sont donc les héritiers spirituels d’un message unique, celui de l’unicité divine. M. Ramousi invite ainsi les musulmans à s’imprégner de cet héritage si riche.

L’identité est un tout cohérant. La fameuse question « T’es d’où ? », en cherchant toujours à renvoyer les gens à leur héritage rappelle cette vision hexogène que peuvent avoir certains en cherchant avant tout à définir les autres par leurs origines au détriment de leur citoyenneté. Il faut ainsi savoir concilier deux appartenances – spirituelle et citoyenne – qui ne sont pas antinomiques. Les musulmans sont dans une communauté spirituelle mondiale, la Oumma, mais appartiennent dans le même temps à une citoyenneté nationale française. C’est la raison pour laquelle la dénomination « musulman français » n’est en rien contradictoire, bien au contraire. Aujourd’hui, les français de confession musulmane ne sont plus hexogène, ils s’affirment par leur identité en tant que français à part entière tout en revendiquant dans le même temps à héritage spirituel.

 

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