Musulmans de France - Rencontre Annuelle des Musulmans de France

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L’égalité, qu’en est-il ?

L’égalité entre hommes et femmes est un principe qui semble aller de soi pour tout le monde aujourd’hui. Qui pourrait argumenter contre ? Cependant, qu’en est-il dans les faits ? A l’heure où les entreprises avancent lentement dans le processus d’application de l’égalité de droit économique dans le domaine des salaires entre hommes et femmes occupant une même fonction, la question de  l’égalité continue d’interroger chacun dans son rapport à la masculinité et la féminité.

 

A l’occasion de la sortie de son livre « Descente au cœur du mâle », le philosophe Raphael Liogier est venu à la RAMF présenter son analyse du processus historique progressif de l’avènement d’une égalité réelle entre femmes et hommes.

 

L’auteur a tout d’abord tenu à rappeler une vérité : les inégalités entre hommes et femmes n’ont pas été initiées par les religions et les croyances en général. Elles sont antérieures à l’avènement des grandes religions. Raphael Liogier situe leur apparitions il y a 30000 ans à l’époque du néolithique. Les femmes étaient alors déjà perçues comme une domesticité par l’homme, nous dit-il.

 

La société grecque cantonne les femmes à la cuisine. Les grandes religions font procéder le corps des femmes de celui de l’homme. Les sociétés humaines sont en grande majorité patriarcales.

L’anthropologue Françoise Héritier, avance une explication à cette état de fait ; les femmes ayant le pouvoir reproductif, les hommes en étant dépourvus, font payer aux femmes leur avantage en les contrôlant, elles.

 

La modernité a provoqué un changement profond. Raphael Liogier a élaboré une théorie de cercles concentriques explicitant les différents stades de l’accession des femmes à l’égalité réelle de leurs droits avec ceux des hommes.

La première sphère a été celle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789, établissant l’égalité entre tous les Hommes sans distinction de races ni de sexe. Cette promesse ne fut qu’en partie tenue dans différents pays, mais l’a encore moins été en matière de droit des femmes, s’exclame l’auteur.

 

Les seconde et troisième sphères sont définies par l’acquisition du droit de vote des femmes en 1944 puis en 1990, lors de l’acquisition complète de l’égalité des droits entre hommes et femmes en France. Aujourd’hui, le cœur de ces cercles reste à combler, nous dit l’auteur. Il s’agit de l’égalité entre hommes et femmes dans le rapport à leur corps.

Raphael Liogier évoque le leitmotiv du mouvement féministe « me too », pour préciser sa pensée : « maintenant que nous avons l’égalité en droits réelle, nous réclamons la souveraineté sur notre corps ». Il s’agit notamment du droit de dire « non » ou de dire « oui » à un homme sans être déconsidérée.

 

Et chez les musulmans, qu’en est-il ? L’auteur distingue deux angles de regard différents sur cette question : d’une part le social, politique, culturel et mondain et d’autre part le spirituel. Dans le premier, force est de constater que la religion est perméable à la culture. On constate une inégalité de droits réelle. Dans le second,  l’égalité entre homme et femme est totale puisque le spirituel instaure l’égalité entre ses deux créatures.

L’auteur engage les musulmans à repenser le religieux et notamment le rapport à la femme, à partir de leur engagement spirituel réel. Au sein de l’Islam, il existe des outils pour y parvenir ; l’ijtihad, notamment, qui permet une interprétation du texte fondateur en direct de son sens le plus profond.

 

L’espace de la modernité doit être celui où chacun doit pouvoir donner un sens à sa vie par rapport à son cheminement spirituel.

Il faut avoir le courage de ne pas abolir la féminité pour valoriser une forme de masculinité. Le regard social sur le corps féminin est essentiellement masculin. La question du port du voile par les femmes en France notamment, en est une illustration ; les différents détracteurs du port du voile par les femmes musulmanes voient en cet acte une soumission à une volonté masculine de leur entourage. N’est-ce pas infantiliser ces femmes de les croire exclusivement en capacité d’obéir à une volonté masculine ?

Raphael Liogier se réjouit de constater l’existence d’un féminisme musulman qui se manifeste notamment, par le choix libre et volontaire des femmes musulmanes de porter le voile en tant qu’engagement spirituel.

 

Le philosophe a constaté au travers de ses travaux de recherche auprès de musulmans, un pluralisme de modes de vie ainsi que des différences de pratiques entre les générations. Des parents  dont la femme ne porte pas le voile, sont parfois décontenancés devant leurs filles dont certaines décident de porter le voile. Les musulmans sont anormalement normaux, s’exclame Raphael Liogier. Et il ajoute : « Certains pratiquent l’Islam et d’autres ne le pratiquent pas. Certains le pratiquent en société et d’autres font semblant de le pratiquer. Certains découvrent la vocation spirituelle, d’autres la perdent. Il y a des orthodoxes et des radicalement laïques. » . Et de conclure :  « Les musulmans sont témoins de la modernité, en ce sens qu’ils la représente par leur diversité, ils doivent cependant veiller à ne pas en devenir les martyres. »

 

Stépahnie Herber

 

 

 

« Le Coran, notre source d’élévation spirituelle »

Le Coran est le livre fondateur de l’Islam. Il est parole de Dieu éternelle et inimitable déposée pour  l’humanité. Le Coran est à la fois fondement de législation et d’adoration de Dieu au travers de sa récitation. Dieu en a fait une lumière pour le croyant qui souhaite cheminer vers Lui.

 

Toute personne qui aspire à placer le Coran au centre de sa vie est dans une démarche permanente de dialogue intime pour satisfaire ce besoin élevé par sa mise en pratique dans les contingences de sa vie quotidienne.

 

Dans le cadre de la thématique de cette 35ième Rencontre Annuelle des Musulmans de France : « A la lumière du Coran : le lire, le comprendre et le vivre », les deux conférenciers Walid Abdelmaksoud, (ingénieur physicien) et président de Ficra, ainsi que Hela Khomsi, ont fait un rappel de la haute guidance de ce texte fondateur et proposé des conseils méthodologiques pour renforcer notre lien à Dieu à travers lui.

 

Hela Khomsi a inauguré la conférence en soulignant que la mise en pratique des commandements coraniques ne relevait pas seulement de l’application de ses lois mais avant tout de l’IHsân, parachèvement de la pratique et de la foi, l’adoration de Dieu « comme si tu Le voyais, car si tu ne Le vois pas, Lui, certes te voit. » Walid Abdelmaksoud rebondit sur ce propos en soulignant la suprématie de Dieu en toute chose : Il est le premier et le dernier, Celui qui a la connaissance de toute chose, plus proche de chacun qu’une mère, Il est toujours présent où que nous soyons.

 

Walid Abdelmaksoud, évoque également les versets de la sourate « Achoura » dans laquelle Il s’adresse au Prophète « C’est ainsi que Nous t’avons envoyé un souffle de Notre part. A l’époque tu étais à une étape de ta vie où tu ne savais rien. Nous t’avons livré le Coran et nous en avons fait une lumière pour toi (…). Une lumière grâce à laquelle nous guidons le serviteur. »

Notre responsabilité est donc d’une part d’être convaincus que la lumière de Dieu est dans le Coran et, d’autre part, d’aller vers Dieu par la lumière du Coran avec sincérité et humilité. Cette lumière n’étant pas liée à qui l’on est  mais à ce que Dieu souhaite nous donner au travers de cette lumière.

 

Les deux conférenciers insistent sur la nécessaire connaissance de Dieu. Hela Khomsi rappelle le besoin naturel de l’homme de se tourner vers Dieu pour le connaître et l’aimer. Son but ultime étant d’obtenir la satisfaction de Dieu. Le Coran, dit Walid Abdelmaksoud, nous dévoile toutes les qualités de Dieu, ses attributs, et la puissance et la beauté de Sa création.

 

Hela Khomsi, rappelle que la parole divine est nourriture céleste de l’âme. L’approche du texte repose dans un premier temps sur la purification de l’âme en la vidant de tout ce qui lui est nocif et ensuite de l’acquisition de tous les attributs d’un noble caractère. La relation au Coran implique de  consacrer des moments à Dieu. Il faut oeuvrer avec patience et persévérance. La lenteur pour approfondir la compréhension du texte par l’esprit et le cœur.

 

Walid Abdelmaksoud, encourage le lien continu au Coran au travers de l’augmentation de la fréquence du rappel de Dieu, de l’équilibre entre la « Dounia » (les joies de la vie terrestre) et des œuvres pour plaire à Dieu, faire la course pour demander pardon à Dieu afin de démarrer à chaque instant une  page blanche. Les croyants évoquent souvent des difficultés rencontrées pour s’approcher, pénétrer le sens du Coran ou encore le mettre en pratique dans le contexte des responsabilités du quotidien.

 

Walid Abdelmaksoud évoque le Coran pour rappeler que son contenu est facile à appréhender : « Si votre objectif est de vous rappeler de Dieu, utilisez le Coran, al-Dikr (…) alors Allah vous fait la promesse que ce sera facile. »  Walid Abdelmaksoud souligne que le verset ne conditionne pas la possibilité de se rapprocher de Dieu à la possession d’une quelconque qualité ou compétence humaine, mais uniquement à l’intention sincère. Walid Abdelmaksoud incite ainsi chacun à se lancer dans le rappel de Dieu par le Coran dans la mesure de ses moyens, ne serait-ce que par la lecture et la méditation d’un verset par jour, en sollicitant l’aide du Très haut pour se rapprocher de Lui, et ainsi qu’Il rende son approche facile.

Stéphanie Herbier

Les finalités du message coranique.

Au cœur de la thématique de la Rencontre de cette année, Ahmed Jaballah nous offre une conférence sur les finalités du message coranique. Le Coran est, en effet, la parole d’Allah révélée au Prophète (paix et bénédiction soient sur lui) et destinée à tous. A ce propos, on trouve de nombreux versets coraniques qui interpellent clairement les hommes à travers la formule « Ô les gens » qui expriment l’idée que le message s’adresse à l’humanité.

 

Effectivement, le premier verset révélé : « Lis ! Au nom de ton Seigneur qui a créé » commence par un impératif qui enjoint tout un chacun de lire, de s’instruire à plus forte raison. Lire mais lire au nom du Seigneur et cela inclut donc le lien qu’il est nécessaire de faire avec le divin. Ensuite, lorsque l’on décortique ce verset, Dieu insiste sur le fait qu’Il est le Créateur et que Sa création doit être propice à la méditation pour comprendre le message divin. Cette œuvre de méditation s’adresse aux savants et à tous les Hommes en premier lieu.

 

Lorsque que l’on évoque le message coranique, il incombe de parler de finalités. La parole divine ne peut être lue sans recherche de ses finalités, la parole et la finalité sont ainsi deux aspects indissociables. « Al-maqasid », les finalités consistent en l’objectif et le but recherché par la parole qui inclut des prescriptions à respecter quotidiennement ou ponctuellement par chaque croyant. En d’autres termes, réfléchir sur le Coran, c’est réfléchir pour comprendre, pour déduire, pour pratiquer l’analogie, pour arriver à saisir les prescriptions et surtout leurs finalités.

 

Dr. Ahmed Jaballah illustre son idée par deux exemples de versets qui donnent et la prescription juridique et sa ou ses finalités. « Ô vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit tout comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés, ainsi atteindrez-vous la piété » (S 29, V 183). Ce verset sur le jeûne donne de lui-même la finalité de cet acte cultuel qui dure un mois chaque année, le but premier est la piété, la crainte de Dieu. Le second exemple est un verset sur la prière à savoir : « Récite ce qui t’est révélé du Livre et accomplis la prière. En vérité la prière préserve de la turpitude et de ce qui est détestable. » Le « maqsid », ici, est tout à fait clair également, le but est de rythmer sa journée par cette prière échelonnée dans le temps pour s’éloigner de la turpitude et de ce qui est blâmable.

 

Les finalités sont cruciales pour comprendre ce qu’Allah attend réellement de nous, nous dit l’intervenant. Il précise pour autant les trois niveaux des finalités du Coran. Pour parvenir à une finalité exacte, il faut faire attention au contexte de celle-ci, on ne peut l’extraire de son contexte propre. Il existe donc les finalités au niveau des versets, au niveau des sourates, au niveau de l’ensemble du Coran. Le niveau des sourates implique de regarder les grands axes de la sourate et la conception globale de celle-ci. Le niveau de l’ensemble du Coran s’intéresse, lui, aux grandes finalités du Coran. Ce dernier niveau est le sujet de cette conférence.

 

Quels sont les grands sujets, quels sont les grands axes de finalités du Coran ?

 

Les finalités du Coran permettent une compréhension sensée et harmonieuse du texte coranique.  L’extraction de la finalité nécessite une lecture globale du texte coranique.

  1. Jaballah résume en deuxième partie de son intervention, les cinq axes du Coran développé par Mohammed Al-Ghazali.

Le premier axe est le tawhid, l’unicité de Dieu. Cet axe se positionne en premier car c’est toute une vision pour comprendre l’univers et l’au-delà qui nous attend, comprendre notre mission de calife, adorer Dieu sans intermédiaire, accéder à une harmonie de la vie de l’Homme, donner du sens. Cela permet également d’acquérir des valeurs et principes face à la perte des repères puisque l’unicité d’Allah est le repère central.

La contemplation de l’univers conduisant à son Créateur vient en deuxième axe. Elle est l’interpellation répétée sur la création d’Allah. Il convient de lire le livre d’Allah en comprenant l’univers et inversement, l’un loin de l’autre ne peut être vraiment saisi.

Troisièmement, la méditation sur les récits coraniques qui recouvre une grande partie du Coran et inclut les récits des peuples qui nous ont précédés que ce soit des peuples sur le bon ou le mauvais chemin, les récits des Prophètes puis les récits de la vie du Prophète. D’ailleurs, c’est l’une des raisons pour lesquelles la révélation a été faite par fragments. Le Coran nous invite de ce fait à avoir une réflexion portée sur l’Histoire et ce sera la méthodologie de compréhension qui construit la pensée musulmane comme a pu  le faire at-Tabari ou Ibn Kathir i.e remonter très loin dans l’Histoire pour saisir la nature de l’homme.

Quatrièmement, la résurrection et le jugement qui sont amenés par la description, les paraboles sur ce qui se passe après cette vie. Croire en ce jour dernier et ce jugement change notre conception sur la vie d’ici-bas avec la dimension ancrée en nous d’une vie qui va se prolonger dans l’au-delà. En ayant cette conception, on intègre très rapidement l’idée que cette vie est une vie d’épreuves qui va nous donner également une autre vision des épreuves que l’on subit et nous donner la patience.

En dernier lieu, vient se positionner l’axe du domaine de l’éducation et de la prescription ce qui indique que la législation doit être liée à l’éducation qui est la véritable finalité. La prescription est présente pour atteindre l’éducation du croyant. L’Islam est, comme nous le savons, venu pour parfaire les comportements.

 

Pour finir, nous rappelons que Aïcha (que Dieu l’agréée) a dit du Prophète (paix et bénédiction soient sur lui) que « Son comportement était le Coran ». Chaque musulman devrait donc suivre les pas de son Prophète à savoir vivre son quotidien à la lumière du Coran.

Amina A.

Le 92722

Dans le Saint Coran, Allah (SWT) a révélé « kâf hâ yâ zain sad » et « alif lîm mîm ». C’est en réalité un code pour attirer l’attention. Quand on a un souci dans la vie, ce n’est pas le numéro du SAMU ou de la Police que l’on doit composer, mais le code du Coran. En France, on a créé un numéro pour chaque problème de la vie. Et il se trouve qu’aujourd’hui, beaucoup de musulmans ont plusieurs problèmes à la fois, donc il faudrait composer les numéros de toutes les urgences. Mais « el hamdoulillah », Allah nous a facilité la tâche : il nous a branché avec tous les numéros. Nous avons une équipe spécialisée en tout qui réglera nos problèmes avec une urgence incroyable, grâce à un unique numéro : le « 92722 ». Le Coran nous explique que des personnes avant nous ayant eu des problèmes semblables, les ont résolus. Parfois, lorsqu’on appelle les pompiers, ils arrivent trop tard, et posent des questions malgré l’urgence. Or, ce numéro n’a pas besoin d’explications, et il fonctionne pour la résolution de tout problème.

 

  1. BEN MANSOUR nous cite la situation du prophète Noé, qui avait tenté tous les moyens pour guider son peuple. Il était patient, serviable, endurant. Il a composé ce numéro par un « dou’a», et immédiatement l’urgence céleste a agi. Il cite la situation du prophète Ibrahim, condamné et jeté au feu. Le numéro d’urgence appelant les pompiers n’aurait pas été efficace. Mais, grâce au numéro, l’ordre a été donné au feu de ne pas le brûler. Il cite la situation du prophète Moussa. Alors que les soldats de Pharaon le poursuivaient et qu’il avait devant lui un obstacle insurmontable : le barrage qu’il ne pouvait pas franchir, il a composé le numéro. C’était immédiat : Allah lui a dit de frapper avec le bâton, et la mer s’est ouverte en deux. Il a été sauvé. Il cite la situation du prophète Mohammed, persécuté par les Mecquois alors qu’il voulait transmettre le message universel, il a composé le numéro. Il cite la situation du prophète Youssouf. Ses propres frères ont comploté contre lui, et lorsqu’il a composé le numéro, Jibril a dit que c’était la mission la plus rapide qu’il ait jamais eue pour amortir sa chute.

 

En réalité, les touches téléphoniques correspondent à des lettres. Et chaque lettre a le numéro qui lui correspond : cherchez le numéro 92722, il correspond à « ya rabb ». Quelque soit la gravité du problème, c’est le numéro absolu d’urgence. Il s’agit d’une disposition du cœur : si tu penses que ton problème sera résolu en disant « ya rabb », il sera résolu. Notre islam est l’islam de Youssouf, de Mohammed, d’Ibrahim, de Noé, de Moussa… Et nous allons tous composer ce numéro, non pas avec la touche du téléphone mais avec le cœur. Et la vérité triomphera toujours parce qu’on a ce numéro et qu’on agit à la lumière du Coran. Allah est là et Il nous offre la même solution que les prophètes : la victoire.

 

Zaïnab Satomi

La conférence de Fatimétou Diop, psychologue de formation, porte sur la cohésion familiale et les nouvelles technologies, les influences conscientes ou inconscientes. Tout d’abord, il faut s’interroger sur l’idéologie globale d’aujourd’hui qu’est le libéralisme. Nous sommes constamment visés par cette idéologie qui nous est diffusée par un grand nombre de moyens, notamment les publicités ainsi que la télévision et les écrans. Ainsi, F. Diop explique que nous consommons sans même se questionner sur le contenu, nous recevons des messages sans nous poser de question. Certains produits utilisent des slogans aux valeurs libérales qui nous poussent à la consommation, il nous est alors impossible de déterminer la ou les raisons qui nous ont poussées à effectuer tel ou tel achat.
Aujourd’hui, selon elle, nous sommes divisés par la technologie. En effet, l’échange ne se fait plus de manière directe mais l’on va préférer envoyer un sms pour communiquer même si l’on se trouve dans la même maison. On va préférer régler un différend par texto, envoyer une information en laissant le récepteur se débrouiller avec celle-ci, n’étant ainsi plus dans la communication verbale. Les parents, par exemple, vont instaurer beaucoup de règles, vont conseiller leurs enfants sur beaucoup de points mais vont souvent omettre de poser les limites de la technologie. De ce fait, certains enfants vont se retrouver seuls face à leur tablette ou leur smartphone, personne n’étant derrière eux pour en vérifier le contenu. L’accompagnement de l’enfant doit se faire sur tous les domaines, celui de la technologie y compris.
Les technologies impactent ainsi nos vies de famille, de couple, parasitent notre spiritualité, en somme nous perdons l’essence de ce qu’est la famille. Afin de retrouver un bon équilibre, Fatimétou Diop nous invite dans un premier temps à comprendre les méfaits que cela peut avoir sur nos vies.
Chaque famille doit trouver sa propre organisation en ce qui concerne la consommation des technologies en créant par exemple des substituts qui peuvent être les livres, les histoires etc. Il s’agit de trouver le juste milieu dans sa consommation des technologies en trouvant le moyen de se distraire sans empiéter sur sa spiritualité.
Elle termine son intervention en expliquant qu’il est important de trouver des substituts face au vide qui peut nous habiter : pourquoi par moment sommes-nous mal ? Parce que nous consommons des choses sans se questionner. Nous faisons tous attention à ce que l’on mange, de la même manière il faut faire attention à ce que l’on donne à notre cerveau. Si on ne se cadre pas nous-mêmes, nous serons cadrés par ce qu’il y a au-dessus de nous.

Sophia Siaba.

Dieu n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité.

Hassan Iquioussen introduit son propos en qualifiant la Rencontre de lieu de « pèlerinage » pour les musulmans de France. Au travers des échanges qu’elle nous permet, les participants renforcent les liens qui les unissent. Le contexte que nous vivons s’accompagnant de son lot d’épreuves traduit une ambiance anxiogène, un climat lourd que nous subissons. Les musulmans sont aujourd’hui montrés du doigt pour des actes dont ils ne sont pas responsables. A force de les incriminer, la charge est telle qu’il leur faut se ressourcer à travers le Coran et méditer les paroles du Très-Haut. Dieu nous a prévenus à cet égard. Nous serons éprouvés car cette vie est une vie de lutte ! Il nous faut spirituellement lutter contre nos faiblesses et trouver en nous la force de dépasser nos manquements. Les êtres, que nous sommes, redoutent l’épreuve, la douleur et le chagrin. Pourtant, Dieu de même qu’IL nous a prévus quant à la difficulté de nos vies, de même IL nous a offert les moyens de surmonter ces vicissitudes grâce aux bienfaits dont IL nous gratifie au quotidien. Le meilleur des bienfaits étant la patience. La vertu par excellence qui permet à celui qui est éprouvé d’endurer avec la conviction intime que Dieu le voit et l’accompagne dans son cheminement. C’est ainsi que Dieu nous éduque à travers la patience et chaque épreuve nous permet donc de renforcer notre conviction selon laquelle l’épreuve vécue est avant tout celle du destin auquel nous ne pouvons échapper. Son objectif est alors simple : forger notre foi, purifier nos cœurs et nous élever en dignité auprès de Lui.

Le prophète de l’islam est ainsi le modèle à suivre dans l’épreuve. Une existence au service de la foi, du témoignage et de la responsabilité. Si le Prophète a malgré tout su se relever de toutes les douleurs, c’est en raison d’une foi inébranlable et une « belle patience » selon les termes coraniques.

A l’aune de la modernité, les véritables épreuves semblent parfois être celles du matérialisme et du consumérisme. D’où les craintes fondées du prophète qui s’exprima de la sorte « Je ne crains pas pour vous la pauvreté mais l’abondance ». Cette quête infinie de la satisfaction des besoins nous entrainent dans une vie déréglée et dénuée de sens. Or, nous possédons une richesse que nous avons tendance à négliger : le temps ! Un temps à mettre à profit pour nous réformer, nous enjoindre mutuellement le bien et ensemble cheminer.

Khalid Louigid

 

 

 

 

Intelligence artificielle VS Homme : le grand remplacement.

L’intelligence artificielle (IA), à la rencontre des mathématiques et de l’informatique, est déjà très présente dans notre quotidien au travers de nos smartphones, objets connectés, comptes sur les réseaux sociaux, etc… Pourtant, au-delà des aspects pratiques, il subsiste dans l’imaginaire collectif une perception de l’IA souvent fantasmée, parfois craintive. Alors aujourd’hui, faut-il accueillir cette nouvelle science avec bienveillance ou rester prudent ? Deux experts qui travaillent avec l’IA au quotidien nous offre leurs points de vue.

L’intérêt technologique

L’IA se résume en réalité à une grande capacité d’analyse de données couplée à des algorithmes sophistiqués qui permettent in fine à la machine de prendre des actions adaptées et précises. Plus le jeu de données est important plus la prise de décision est efficace, tel un être humain qui accumulerait de l’expérience dans son métier et progressivement perfectionnerait son geste/ses tâches.

Dès qu’il est associé à la machine pilotée par l’IA une grande puissance de calcul, la rapidité d’analyse et d’action devient beaucoup plus importante que celles de l’être humain, faisant de cela là véritable valeur ajoutée de cette technologie. Il est donc naturel de voir cet avantage être exploité pour effectuer des tâches répétitives, paradoxalement des tâches à faibles valeurs ajoutées ! On retrouve donc systématiquement de l’IA dans les systèmes cognitifs tels la reconnaissance vocale, faciale ou dans des applications basé sur l’assistance.

Vers un remplacement de l’homme par la machine ?

Comme veulent bien le rappeler les deux intervenants de cette conférence-débat, la peur du grand public vis-à-vis de l’IA a été abondamment véhiculé par le cinéma américain et dans une certaine mesure par certains médias qui s’en sont fait l’écho. Pourtant, il n’y a, objectivement et compte tenu de l’avancé de cette technologie, pas de choses à craindre d’un point de vue sécuritaire (fantasme du retournement de robots contre l’homme).

Cependant, ce qui est certain c’est que l’introduction de ces machines intelligentes, pour effectuer tâches répétitives et fatigantes, fera que certains métiers disparaitront fatalement mais que dans le même temps de nouveaux métiers seront créés pour répondre aux besoins de conception, de programmation et de gestion de cette technologie. Un bilan sur l’emploi à priori positif donc. Autre exemple, en médecine où l’IA pourrait être utilisée comme complément afin de décharger le médecin d’opérations longues et ingrates pour mieux le laisser se concentrer sur l’analyse fine des résultats et la partie valorisante du métier. Un moyen également de sortir de la saturation médicale dans certaines régions en réduisant les temps d’attente et de traitement.

Loin d’être un objet de crainte, il faut bien préciser que l’IA évolue toujours dans un cadre bien cloisonné et maitrisé, son champ d’actions étant limité. Pour autant, les deux experts mettent en garde contre l’utilisation des données en grande quantité mises à disposition des machines et potentiellement vulnérables. Le développement de l’IA ne pourra donc se faire que conjointement au développement de systèmes de sécurité et de stratégies de défense.

En guise de conclusion, les intervenants prédisent de façon certaine que l’homme finira bien par intégrer et s’habituer à de plus en plus d’IA dans son quotidien de la même façon qu’il a accepté et fini par accordé une place de choix à son smartphone ou son compte facebook dans sa vie. Les experts parlent jusqu’ici uniquement de remplacer les tâches fastidieuses, de servir d’assistance et de technologie de complément. Mais, on ne peut s’empêcher d’imaginer ce que pourrait produire le glissement vers le tout assisté où il ne s’agirait plus de complémenter mais bien de déléguer un maximum de tâches. En effet, que serait une société du confort maximal, sans labeur aucun ?

Elias A.

La théologie musulmane : entre héritage et changement de paradigme.

La question autour de la place de la femme en islam abordée lors de cette conférence-débat est un exemple révélateur de l’existence d’un débat sur le rôle essentiel joué par la théologie située à l’interface entre les textes sacrés et la communauté des croyants.

Ahmed Jaballah, membre du Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, défend le point de vue majoritaire qui consiste à dire que les théologiens d’Europe font le nécessaire pour s’accommoder des modèles de vie et de gouvernance occidentaux en produisant les avis juridiques et jurisprudentiels en adéquation avec les préoccupations quotidiennes des musulmans d’Europe. Cependant, il soutient que cet effort ne peut pas se faire en faisant abstraction de la production de l’héritage théologique accumulé au cours de 14 siècles. A. Jaballah souhaite s’inscrire dans une démarche prudente et traditionnaliste visant l’amélioration du bagage existant plutôt que son renouvellement, au risque de se perdre dit-il. Sur la question de la femme en l’occurrence, il considère que les questions à ce sujet ont déjà été tranchées et que pour la quasi-totalité il existe un consensus. Reste à se concentrer essentiellement sur la pédagogie et les rappels sur la notion de couplage et de complémentarité entre l’homme et la femme en islam.

De l’autre côté du débat, Camel Bechikh propose quant à lui un changement de paradigme et une autre approche plus dynamique, indispensable à cette époque d’accélération technologique, biologique et médiatique. Tel est le challenge qui s’impose selon lui aux musulmans d’Occident. Il met en lumière également la problématique de l’impasse de la théologie musulmane occidentale à l’heure actuelle coincée dans l’entre soi avec une domination écrasante de la sphère culturelle et linguistique arabo-méditerranéenne qui va de pair avec l’importation d’un logiciel patriarcal qui ne laisse que très peu de place justement au point de vue de la femme dans les processus de réflexion et d’implication. C. Bechikh voit dans ces dysfonctionnements, des freins à l’émancipation de la communauté musulmane et à ses désirs de respectabilité. Enfin, il pointe le risque de constater l’obsolescence, si ce n’est pas déjà le cas, des savants musulmans à travers leurs productions, empêchant ainsi de pouvoir répondre aux enjeux de société contemporains et de faire valoir son rôle dans l’époque post-moderniste.

Elias A.

Droits et immigrations en Europe

  1. Didier LESCHI, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), introduit cette table ronde et nous présente l’OFII : il s’agit d’un organisme participant à l’accueil des personnes ayant un droit au séjour dans le cadre du regroupement familial. Il participe également à la vérification des conditions matérielles d’accueil en rapport avec les demandes d’asile.

Le migrant est communément défini comme étant la personne qui va quitter son pays et franchir une frontière. Cependant, il est nécessaire de distinguer les différents statuts pouvant être revêtis par les migrants. Le migrant arrivant en France sera demandeur d’asile, ou « dubliné ». Cette appellation définit le migrant arrivant en Europe et, tentant en France de déposer sa demande d’asile, se voit contraint d’être renvoyé dans le premier pays européen où il est entré. Il peut ensuite se voir octroyer le statut de réfugié. Enfin, on a le protégé qui est la personne à laquelle on reconnait un risque de peine de mort ou un risque de mauvais traitement en cas de retour dans son pays d’origine.

Un autre point soulève des questions, et il concerne les mineurs arrivant en Europe mais aussi les mineurs résidant en France pris en charge par l’Etat en raison de leur situation familiale, explique Maître Anaïs LEFORT, avocat au Barreau de Paris. Une procédure d’évaluation permettra de déterminer si cette jeune personne est mineure ou non ; la difficulté étant augmentée en l’absence de documents. Ensuite, il n’y a pas de véritable prise en charge.

 

D’un point de vue général, M. LESCHI soutient que la France reste un pays accueillant par rapport à l’ensemble des pays d’Europe. Les demandeurs d’asile en France reçoivent plus de réponses positives que dans d’autres pays d’Europe. De plus, ils bénéficieront d’allocations. Aussi, la France autorise le rapprochement familial dès lors que le lien est établi.

La France propose un temps de rétention d’environ 40 jours, tandis qu’en Allemagne il s’élève à 18 mois.

Maître LEFORT précise qu’il s’agit de centres de rétention plus adaptés dans ces autres pays, les détenus bénéficiant de plus d’autonomie qu’en France. Pour formuler des observations, il faut aussi regarder le nombre de personnes enfermées, la France est l’Etat où un plus grand nombre de personnes sont détenues.

En réalité, il y a un problème d’harmonisation en Europe relativement à l’accueil, conclut M. LESCHI.

 

Actuellement, les avocats à la Cour nationale du droit d’asile refusent de plaider, en raison du nombre grandissant de déboutés d’asile non expliqué. Un projet de loi propose des innovations non acceptables, s’insurge Maître LINO. Le gouvernement prévoit notamment de réduire le délai de recours pour saisir le juge de l’asile, aujourd’hui d’un mois, à 15 jours.

 

Maître LEFORT, inquiète de la politique européenne et française, certifie qu’il vaut mieux tendre vers le meilleur, plutôt que de comparer la politique migratoire française aux politiques pires d’autres Etats.

  1. LESCHI nous propose d’aider à cet accueil en partant de notre foi, en effet un islam social peut participer à l’effort d’accueil soutenu par l’Etat. Il s’agit d’une démonstration essentielle de notre foi.

Zaïnab Satomi

Dis-moi quelles sont tes fréquentations, je te dirais qui tu es.

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras les Cieux ». Cette citation de Socrate intéresse particulièrement l’intervenant Sofiane Meziani, qui pose la problématique des fréquentations pour sa foi et son identité. Il incombe de se demander comment fonctionne l’Homme, ce qui le compose en sachant dépasser la dimension psychologique et en différenciant bien ce que sont l’âme, l’esprit et le cœur. Chercher à cheminer vers Dieu revient à développer et faire interagir tout ce qui est en l’humain. Cela implique de trouver un équilibre, une harmonie entre notre matière qui nous rattache à la Terre et notre esprit qui nous renvoie à notre relation avec le divin.

 

En effet, l’Homme se trouve ainsi face à une crise de la modernité, nous sommes dans un confort matériel inégalé dans l’Histoire mais nous n’avons jamais connu de pauvreté spirituelle aussi accrue. Nous parvenons difficilement à combler le vide intérieur et à exploiter nos ressources spirituelles. L’introspection, la solitude, le silence sont à privilégier à l’extériorisation, la foule et le bruit qui sont des facteurs qui empêchent le cheminement paisible loin de l’agitation du cœur et de l’esprit.

 

Au-delà de la question des fréquentations, il faut surtout d’après notre intervenant faire face au défi de redonner une impulsion à notre spiritualité. La capacité à renouveler son oxygène spirituel devrait être la grande préoccupation quotidienne du croyant. L’islam n’est pas venu pour mettre en exergue le licite et l’illicite seulement. Nous ne devrions de ce fait pas réduire la religiosité aux règles sociales qu’elle implique. Pour apporter une réponse à cette quête de souffle spirituel, il incombe à chacun de renouer avec le message coranique et prophétique.

 

De fait, pour palier à cette soif de spiritualité et somme toute de bonheur, l’humain aura deux attitudes possibles. La première sera de s’accrocher à Dieu, qui seul est capable de combler l’homme. D’autres, se contenteront d’assouvir ce manque par la simple vie présente et ne se rendront pas compte que ce n’est qu’illusion et éphémérité.

 

Si le choix de l’homme est celui de la recherche de Dieu, il lui faut s’assurer un climat qui favorise l’élévation. Le retour à la « fitra », nature première de l’humain qui est enclin à faire le bien. Le climat ne consiste alors pas en les fréquentations sociales uniquement mais englobe également nos références, nos repères et tout autre type de fréquentation… A comprendre que le climat est tout ce qui participe à notre conditionnement et qu’il est constamment à remettre en question. Sofiane Meziani nous livre une image métaphorique qui résume bien le propos, il faut chercher à « libérer l’oiseau en soi qui étouffe dans la cage du corps. » Afin de libérer cet oiseau asphyxié, notre intervenant finit par rappeler les outils donnés par le Prophète (paix et bénédiction soient sur lui). Ceux-ci sont de s’entourer de personnes âgées, de questionner les savants et fréquenter les sages. Autrement dit, pour accéder à la Vérité nous devons nous inscrire dans une quête de l’expérience, le savoir et la sagesse.

 

Amina A.