Musulmans de France - Rencontre Annuelle des Musulmans de France

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Pour une lecture et une pratique de réconciliation

« Dieu n’est pas musulman » Tareq Oubrou partage cette conception du divin avec Ghandi et rappelle qu’Il n’est pas non plus arabe. C’est le Dieu des mondes, le Dieu de tout le monde. Cette idée vise à élever la pensée du musulman pour une réconciliation avec l’autre, son coreligionnaire, son concitoyen, son voisin tout simplement, au-delà des considérations de croyances ou de pratiques.  La réconciliation avec Dieu c’est la voie de la réconciliation avec soi-même, celle de la réconciliation avec les autres également.

  1. Oubrou nous invite à une relecture du religieux et du spirituel afin d’accéder à une pratique de la réconciliation et non à celle de la fracture qu’elle soit sociale, spirituelle ou relationnelle. Il déplore qu’aujourd’hui il est davantage question de l’Islam que de Dieu. Dieu n’est pas la propriété d’une partie de la communauté. Les musulmans n’en ont pas l’exclusivité, pas plus qu’ils n’ont l’exclusivité de sa miséricorde.

La miséricorde divine est immense et le jour du jugement, Il jugera à l’aune de Sa Miséricorde et non à celle de la Justice. D’ailleurs nous ne sommes pas tous égaux face à nos obligations ; ce qui est facile pour l’un ne l’est pas forcément pour son voisin. Il est donc nécessaire de se rappeler que l’essentiel est de cheminer vers Dieu et non d’y arriver. Il n’y a pas d’obligations de résultat avec Le Seigneur.  L’indulgence s’impose, envers nous-mêmes et envers les autres. Chacun fait comme il peut, selon ses moyens. Il ne sert à rien d’essayer d’imiter son voisin. « Chacun a été créé à l’image de Dieu » affirme Tareq Oubrou, pourquoi chercher à imiter ailleurs alors qu’il est plus simple de devenir soi-même, d’être la meilleure version de soi. En réalité, la vertu et la faute n’intéressent pas Dieu. Ce qui l’intéresse, d’un point de vue théologique, c’est ce que l’individu va faire du bien et du mal. Comment l’être humain va les convertir vers le chemin de Dieu. En effet, le pêcheur est bien plus humble que le pieu, la vertu peut pousser vers la suffisance et l’orgueil comme le péché peut-être la source d’une repentance donc le motif de la miséricorde divine. L’erreur est humaine et aucun de nous n’a le droit de réduire l’autre à son péché, à sa faille ou à ses erreurs.

Le contexte social actuel en France n’est pas aisé pour les  musulmans qui sont aujourd’hui « pris en otage par une minorité de cinglés ». La  société voit en chaque musulman un potentiel radical. Et le musulman doit composer avec cela et tenter de se réconcilier avec musulmans et non musulmans, sans juger aucun des deux. Se souvenir que le mal est une chute accidentelle, que l’homme est foncièrement bon qu’il est né bon par le souffle divin peut aider à la miséricorde nécessaire au vivre ensemble.

ZEGs

La Sacralité de la vie

Dans cette intervention, Abdellah Deliouh et Abdelhamid Youyou posent la question : qu’est-ce que la sacralité de la vie ? C’est en invoquant un verset du Coran que Cheikh Deliouah introduit son propos : « Ô hommes ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. » (S49/V13). En effet, l’objectif visé à travers ces paroles est d’aller vers l’autre et de partager avec lui. Or, aujourd’hui, d’après le professeur, nous souffrons de l’individualisme voire de l’indifférence d’autrui. Dans sa Sagesse divine, Allah a fait le choix d’une humanité riche, plurielle et diverse. D’où la nécessité impérieuse d’entreprendre la démarche de connaissance et d’entre connaissance. La diversité humaine est ainsi la volonté d’Allah, une humanité ennoblie dans sa pluralité et élevée au rang de dignité sacrée. Nous avons donc un devoir à l’égard des autres, une responsabilité humaine de nous occuper et nous préoccuper de nos semblables.
Le professeur Youyou explique quant à lui que la vie est sacrée en ce sens que Seul Dieu en est dépositaire. Les trois religions monothéistes de ce fait partagent ce précepte : ne pas attenter à la vie d’autrui et à la sienne. Cette sacralité est un principe général et normatif, elle vaut pour tous les genres : humain, animal et végétal. Le respect se veut donc total.

Le débat s’est ensuite recentré sur un sujet sensible touchant de plein fouet notre société : Comment peut-on ôter la vie d’une personne au nom de l’Islam?
Abdelhamid Youyou prend la parole en affirmant que quiconque ôte la vie méconnait les valeurs de l’islam. Oter la vie c’est commettre un crime et lorsque l’on commet ce crime cela signifie que nous sommes en totale contradiction avec la foi que nous sommes censés porter et exprimer. La foi consiste en ce sens à avoir foi en l’humanité car notre fraternité tient d’abord dans cette communauté. Nous sommes tous des créatures de Dieu et qu’importe nos visages et nos convictions dans la mesure où le respect est au centre de nos échanges.
Youyou poursuit en expliquant que l’islam fait un véritable éloge de la vie dans le sens où l’on doit tout mettre en œuvre afin de préserver autrui. Pour conclure cette table ronde le professeur Abdallah Deliouah convoque une tradition prophétique qu’il est bon de rappeler en ces temps « Le meilleur d’entre les hommes est le plus utile aux autres ». Nous avons donc un devoir d’entre aide, de solidarité et de fraternité à l’égard de tous sans distinction aucune. Sophia Siaba

Cheikh Mohamed Najah, dans sa conférence, expose ce qu’il nomme « testament Loqmenien ».
Loqman, il y a 3000 ans a reçu de la part de Dieu une sagesse : « Celui qui reçoit une sagesse a reçu un immense bien ».
L’éducation de Loqman est et restera un modèle à suivre jusqu’au jour du jugement dernier. Il s’agit d’un testament considéré comme une source d’éducation. Cheikh Najah affirme ainsi que l’éducation est une adoration en ce que les enfants constituent un cadeau et un dépôt divin, une lourde responsabilité à assumer au Jour Dernier. Le professeur Najah n’exclut pas le fait que l’éducation puisse parfois être « difficile » dans la mesure où certains parents pourraient se trouver dépassés par l’éducation des enfants. Ainsi, il explique que Dieu nous a orientés vers le testament de Loqman comme étant une source pour les parents. En effet si l’on désire le bien de nos enfants, il est impératif de ne pas les priver de la sagesse de Loqman. Il faut donc l’apprendre et le mettre en pratique. Loqman a ainsi commencé par l’importance de la foi, en rappelant que l’association est une injustice énorme. Offrant un exemple concret, il faut de fait montrer puis dialoguer.
L’éducation, d’après Cheikh Najah se base alors sur la communication : le dialogue et la parole. Le professeur mentionne ce verset pour illustrer son propos : « Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. » [An-Nahl : 125]. Aussi, rien ne sert de recourir à la force voire la violence puisque ce n’est pas par ce biais que l’on va pourvoir éduquer. Le Testament de Loqman est le moyen de palier aux fragilités dans l’éducation accompagné de la conviction profonde que c’est Dieu, Exalté soit IL qui guide et oriente.
Loqman rappelle à juste titre à son fils deux attributs divins : le Savoir absolu et la Toute Puissance, c’est donc auprès de LUI qu’il faut chercher secours. De même, Loqman enseigne à son fils d’ordonner le convenable et de déconseiller le blâmable, d’être actif dans la société en donnant l’exemple de la voie à suivre, d’être un Témoin pour les autres et de les exhorter au bien. En somme, le testament de Loqman est un véritable modèle d’éducation qui nous apprend à supporter les épreuves. De même, il nous enjoint à nous détacher de toute arrogance aussi minime soit-elle sans cesser de vouloir être le meilleur. Quoique nous fassions, il faut être modéré et se réclamer de la voie du juste milieu loin de tout extrême pour faire de notre enfant un exemple de piété, de crainte révérencielle, de justice et d’altruisme.

Sophia Siaba.

Comment lire et relire le Coran ?

Pour en parler, Abdelkader Jeddi, Larbi Bechri et Ahmed Mouna.
Ces trois hommes de science nous explique que le Coran, Livre révélé en arabe, peut se lire et se comprendre de différentes façons. Il est ainsi soumis à l’interprétation des Hommes.
Il y a donc trois tendances de compréhension du Coran : Libre, littéraliste et rationaliste. La tendance « libre » tire ses fondements à la source avec l’idée selon laquelle la langue coranique comme les autres langues n’a de sens que pour le lecteur, qui l’interprète de facto. Dès que le texte est lu, il devient « humain », à ce dernier donc de l’interpréter. C’est une tendance connue depuis des siècles dont les représentants sont Abou Hamid Al Ghazali entre autres. La tendance « Littéraliste » prône le contraire de cette première tendance. L’explication du Coran, selon cette tendance, nécessite une explication stricte et rigoureuse. Le sens s’en trouve ainsi immuable. La tendance « Rationaliste » est la tendance qui part de l’idée selon laquelle le sens est implicite et le contenu général.
De manière plus précise, Ahmed Mouna explique que pour comprendre le texte coranique, les jurisconsultes procèdent en suivant les règles de jurisprudence. La jurisprudence est l’ensemble des décisions habituellement rendues par les différents tribunaux relativement à un problème juridique donné et qui permettent d’en déduire les principes de droit. La jurisprudence reflète la façon dont les tribunaux interprètent le droit et les lois. Elle constitue l’une des sources du droit et est une référence pour d’autres jugements.
Cette opération est basée essentiellement sur un ensemble de règles, de normes, de connaissances que l’on ne peut pas dépasser. Le lecteur doit se baser sur ces normes et ces règles pour qu’il puisse déduire ou conclure les prescriptions juridiques qui répondent aux exigences ou questions des personnes.
Ainsi, la question qui se pose est celle de l’interprétation possible par une personne « lambda » ?
Larbi Bechir explique que sur le plan de la pratique, il ne doit pas y avoir de problème car cela relève du culte de la pratique. A contrario sur le plan culturel, aujourd’hui beaucoup se trouve ainsi attirés par des réformes. La réforme nécessite qu’elle émane des personnes compétentes en la matière, maitrisant toutes les sciences islamiques.

Khalid Louigid.

Histoire de la Révélation du Coran

Dans son intervention, Said Boudhifi nous éclaire sur la Révélation du Coran. En effet, le Livre Saint a été révélé en plusieurs temps et comprenant plusieurs sagesses. Les raisons pour lesquelles Dieu a ainsi procédé sont nombreuses. Dieu a révélé ainsi avoir fait descendre le Livre de La Table Préservée au premier ciel intégralement une première fois durant le mois de Ramadan. Et dans un second temps, du premier ciel au prophète (pbsl) par l’intermédiaire de l’Ange Gabriel durant 23 ans. Cette expression de la parole divine sur un temps s’explique par la volonté de l’Unique d’éduquer son prophète et ainsi sa communauté à résister aux épreuves de la vie avec patience et endurance.
La Révélation au prophète Mohamed a ainsi débuté à ses 40 ans, le 10 août 610 et se termine avec le verset 281, de la sourate la Vache, signifiant le retour vers Lui « Et craignez le jour où vous serez ramenés vers Allah. Alors chaque âme sera pleinement rétribuée de ce qu’elle aura acquis. Et ils ne seront point lésés. »
Le Coran ou « Al Forqane » permet ainsi de connaitre la Voie à suivre afin de trouver la piété et vivre conformément aux règles divines. Ainsi, la première d’entre toutes consiste à connaître l’Unique. Et nous ne pouvons connaitre Dieu sans passer par la connaissance. On ne peut, en effet, dissocier la foi de l’acquisition de la science. On ne peut prétendre progresser dans l’un sans l’autre.
Or, que pouvons-nous tirer de la compréhension du Coran si ce n’est l’application et la pratique régulière ? Le Livre révélé est ainsi source de guidance, de lumière et de rectitude pour ceux dont le cœur sait entendre et comprendre.

Khalid Louigid

Mots d’ouverture de la 35 RAMF – Amar Lasfar

La fédération Musulmans de France (anciennement l’UOIF) accueille son fidèle public à l’occasion de la 35ème Rencontre Annuelle des Musulmans de France au Parc d’expositions du Bourget dans lequel les fidèles, toujours plus nombreux, se retrouvent depuis 29ans maintenant.

Le président Amar Lasfar explique que cette rencontre est faite par les Musulmans de France, pour les musulmans de France que nous sommes. Elle reçoit tous les ans un grand nombre de visiteurs venus de toute la France et de toute l’Europe. Il ne manque pas de préciser, en les remerciant chaleureusement, que c’est la participation de centaines de bénévoles qui rend possible ce rassemblement.

 

Cette année, la thématique du Coran est mise à l’honneur bien qu’elle fasse partie depuis toujours de cette rencontre. En effet, chaque année depuis 16 ans, la RAMF organise le concours national de mémorisation du Saint Coran, destiné aux jeunes Français de confession musulmane désireux de se familiariser davantage avec le Texte sacré. Cette année le but a été de projeter la lumière sur ce Livre en nommant la Rencontre ainsi.

 

Elle est devenue le passage incontournable des musulmans de France et d’Europe. Le but étant de se réunir autour d’idées qui nous rassemblent, à travers différents services mis à la disposition des visiteurs, animés par des intervenant-e-s de qualité, afin que tous ensemble nous construisons l’avenir.

 

Sophia Siaba

A la lumière du Coran

Lire, Comprendre, Vivre

Présentation de la thématique :

Peu de livres suscitent autant de passions et provoquent autant de polémiques que le Coran. Ce livre de référence, parole de Dieu révélée au prophète de l’islam Mohamed (paix et salut sur lui) il y a plus de 14 siècles, s’inscrit d’emblée dans la continuité de la tradition monothéiste, reconnaissant ainsi le message des livres sacrés révélés et poursuivant la mission des prophètes et messagers précédents.

Le Coran, cette lumière envoyée comme guidance pour toute l’humanité, est venue réformer les cœurs, éclairer les esprits et proposer une nouvelle vision du monde où se marient le spirituel et le temporel, le texte et le contexte, la foi et la raison.

Ce livre, à travers les générations, a insufflé dans les cœurs de ses disciples une âme nouvelle qui a été à l’origine d’une grande civilisation dont l’influence a atteint les quatre coins du monde. Une civilisation orientée vers le bien-être des humains tout en restant profondément attachée au divin. De la mystique à la philosophie, de la théologie au droit, des sciences sociales aux sciences physiques, de l’urbanisme au commerce, les premiers musulmans ont exploré et excellé dans tous les domaines de la vie. Ils étaient acteurs de leur destin et contribuaient à l’essor de l’humanité. Ils vivaient pleinement leur moment historique et répondaient aux défis de leur époque à la lumière de leur compréhension du texte et leur réalité vécue. C’était là le secret de leur réussite !

Aujourd’hui, la situation des musulmans dans le monde, tous domaines confondus, pose la question légitime de notre rapport à notre livre sacré car nous sommes loin des réalisations des premières générations. Les lectures extrémistes du Coran ont dévoyé le sens premier du message révélé au point où pour certains le Coran est devenu synonyme de régression, d’ignorance voire de violence ! C’est en somme une invitation à vivre hors de l’histoire et en marge de la société !

Fort heureusement, cette vision rétrograde et archaïque du Coran est minoritaire au sein des musulmans. La grande majorité des musulmans ont plutôt une approche du texte coranique plus ouverte et plus nuancée selon l’espace géographique où ils évoluent. Ils perçoivent dans le Coran un message authentique de paix, de vivre-ensemble, de justice, de solidarité, de liberté de penser, de devoir d’agir pour le bien de la planète et de tous les êtres humains.

Le Coran est d’abord un livre de spiritualité qui nous montre la voie d’une foi active qui enseigne à ses disciples comment s’élever spirituellement vers Dieu tout en restant un homme qui vit parmi les hommes et qui agit pour leur bien. La lumière de la Révélation doit illuminer de nouveau nos cœurs et guider nos actions au quotidien. C’est une entreprise d’envergure mais pas impossible.

C’est cette problématique que la 35ème RAMF se propose d’aborder à travers un retour au Coran pour le lire ici et maintenant, bien le comprendre et mieux vivre avec Dieu et avec les Hommes.

Lire : Les musulmans se doivent de relire le Coran aujourd’hui et dans leur contexte. Pour cela, il faut être armé d’outils méthodologiques, de connaissances théologiques et de données scientifiques sur la société humaine dans sa globalité. Il faut bien choisir la grille de lecture et rechercher la finalité du message et non sa lettre.

Comprendre : Le texte coranique est divin mais sa compréhension reste humaine, donc plurielle et appelée à évoluer constamment. C’est dans le débat d’idées et avec la participation de spécialistes de tous bords et dans l’interaction du texte coranique avec la réalité du contexte vécu qu’on s’approchera de la Voie voulue par Dieu pour l’Humanité.

Vivre : Le musulman doit vivre à la lumière des enseignements du Coran. Ceux-là mêmes qui lui recommandent, dans tous les domaines de la vie, d’œuvrer pour le bien-être de l’humanité et la sauvegarde de la vie.

A la lumière du Coran, cette rencontre revisitera plusieurs thèmes spirituels, théologiques et sociétaux pour éclairer les zones d’ombre et permettre aux participants de redécouvrir une richesse et une diversité trop souvent occultées par l’ignorance et les extrémismes de tous bords.

 

Laïcité et Religion, entre domination et indifférence.

Dans son intervention, Vincent Geisser dénonce la mise en opposition récurrente que font les médias, les études sociologiques et l’imaginaire cinématographique entre laïcité et Islam, comme si les musulmans ne pouvaient être en paix avec le concept de laïcité. Ce mode de réflexion binaire induit une injonction de démonstration de preuve de compatibilité, de solubilité des valeurs musulmanes dans la laïcité. Les musulmans souvent présentés comme une menace pour le modèle républicain constituent au contraire un véritable potentiel intellectuel pour repenser le socle républicain.

Face à une obsession de l’évocation de la laïcité dès qu’on aborde le fait musulman, on ne peut qu’être interpellé par l’absence de ce questionnement quand il s’agit de traiter les communautés franc-maçonnes, catholiques et juives. Il faut reconnaitre que les années 70, les responsables des associations musulmanes françaises avaient une difficulté à se représenter la laïcité. Ils la vivaient comme un modèle antireligieux ayant pour vocation de détruire l’Islam. Cette période de malentendu a été largement dépassée par les responsables religieux, les mosquées, les fédérations musulmanes. Effectivement des années d’études sur la question, la laïcité est aujourd’hui comprise comme un espace de liberté pour tous. Les institutions telles que l’EMF et JMF sont aujourd’hui de réels porte-paroles de la laïcité en la mettant en lumière à chaque colloque. Ils en sont devenus ainsi les spécialistes. Pourtant persiste l’idée que les musulmans seraient des incultes, des analphabètes de la laïcité à qui il faudrait injecter un sérum de laïcité en permanence. La laïcité est utilisée comme concept clivant sur le plan identitaire, ce qui désigne et stigmatise le musulman comme cet autre qui voudrait créer une société parallèle au modèle républicain. La critique est facile quand on sait l’intérêt pour cette question des associations musulmanes qui dispose à ce jour d’un réel background culturel et intellectuel sur cette question. Les musulmans ont aujourd’hui un rôle à jouer dans l’impulsion de dynamique de réflexion autour de la question de la laïcité. Ils gagneraient à ouvrir des espaces de réflexion et de débats en invitant des francs-maçons, catholiques, juifs et athées autour de cette question et permettre une meilleure articulation du principe à la réalité française qui est non exclusive. Ils seraient ainsi les précurseurs d’une refondation de socle républicain autour de la question de la liberté de culte.

ELZA.

Quel équilibre pour la France dans un monde instable ?

Il faut préalablement retracer un historique de la France sur la scène internationale. Le monde était déjà devenu instable suite à la disparition de l’URSS, introduit M. CONESSA. Dès lors, on a une vision du monde piloté pour l’essentiel par les stratèges américains, ainsi certaines crises étaient considérées plus importantes que d’autres.  Dès 2001, les républicains américains avaient prévu un partage du Moyen Orient et donc l’événement du 11 septembre va servir de justificatif à l’intervention en Afghanistan et en Irak. Cette instabilité est quand même en partie due à une date fatidique, avance M. ENNASRI. Il s’agit du mois de mars 2003 lorsque a eu lieu l’invasion américaine de l’Irak. Il y a eu un regroupement de groupuscules radicaux qui décident de croiser le fer contre l’occupant américain. Et, alors qu’en 2003 la France était très appréciée dans le monde arabe car elle empêchait l’invasion américaine qui voulait se partager le Moyen Orient, aujourd’hui elle est peut-être le moins aimé des pays occidentaux, et cela est dû à plusieurs facteurs. Il y a de toute évidence une focalisation malsaine des polémiques à répétition, complète Mme CHOQUET. Lorsqu’une identité est attaquée, elle devient centrale pour l’individu qui la défend. Or si la France est un pays ouvert, elle doit lutter contre la stigmatisation, favoriser le sentiment d’identification et une égalité des chances. L’esprit de laïcité c’est la tolérance et l’acceptation réciproque des croyances. Selon M. CONESSA au contraire, il n’y a pas d’islamophobie en France car les musulmans ont leur place dans la société. Seul le salafisme est pointé du doigt en raison de sa forme de radicalisation. M. ENNASRI réplique qu’il y a bien une islamophobie en France qui va absolument à l’encontre de la cohésion nationale, maquillée derrière le fait de lutter contre l’islamisme radical. Cela s’explique par l’effacement du rôle de l’Occident qui a perdu le monopole de la puissance, et donc de la France qui régresse économiquement, ce qui nourrit une crispation identitaire laquelle nourrit une formation populiste. Mme CHOQUET affirme qu’il est indispensable de travailler sur les causes politiques certes, mais aussi sociales à la poussée de radicalisation en France. Il y a une part des responsabilités de la société car dans cette stigmatisation on voit la manifestation d’un communautarisme. Or, l’objectif est de créer des ponts. La France s’est éloignée de ses principes initiaux et de la laïcité du texte.

Zaïnab.