1 avril 2018 soufiane

La théologie musulmane : entre héritage et changement de paradigme.

La question autour de la place de la femme en islam abordée lors de cette conférence-débat est un exemple révélateur de l’existence d’un débat sur le rôle essentiel joué par la théologie située à l’interface entre les textes sacrés et la communauté des croyants.

Ahmed Jaballah, membre du Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, défend le point de vue majoritaire qui consiste à dire que les théologiens d’Europe font le nécessaire pour s’accommoder des modèles de vie et de gouvernance occidentaux en produisant les avis juridiques et jurisprudentiels en adéquation avec les préoccupations quotidiennes des musulmans d’Europe. Cependant, il soutient que cet effort ne peut pas se faire en faisant abstraction de la production de l’héritage théologique accumulé au cours de 14 siècles. A. Jaballah souhaite s’inscrire dans une démarche prudente et traditionnaliste visant l’amélioration du bagage existant plutôt que son renouvellement, au risque de se perdre dit-il. Sur la question de la femme en l’occurrence, il considère que les questions à ce sujet ont déjà été tranchées et que pour la quasi-totalité il existe un consensus. Reste à se concentrer essentiellement sur la pédagogie et les rappels sur la notion de couplage et de complémentarité entre l’homme et la femme en islam.

De l’autre côté du débat, Camel Bechikh propose quant à lui un changement de paradigme et une autre approche plus dynamique, indispensable à cette époque d’accélération technologique, biologique et médiatique. Tel est le challenge qui s’impose selon lui aux musulmans d’Occident. Il met en lumière également la problématique de l’impasse de la théologie musulmane occidentale à l’heure actuelle coincée dans l’entre soi avec une domination écrasante de la sphère culturelle et linguistique arabo-méditerranéenne qui va de pair avec l’importation d’un logiciel patriarcal qui ne laisse que très peu de place justement au point de vue de la femme dans les processus de réflexion et d’implication. C. Bechikh voit dans ces dysfonctionnements, des freins à l’émancipation de la communauté musulmane et à ses désirs de respectabilité. Enfin, il pointe le risque de constater l’obsolescence, si ce n’est pas déjà le cas, des savants musulmans à travers leurs productions, empêchant ainsi de pouvoir répondre aux enjeux de société contemporains et de faire valoir son rôle dans l’époque post-moderniste.

Elias A.