1 avril 2018 soufiane

L’égalité, qu’en est-il ?

L’égalité entre hommes et femmes est un principe qui semble aller de soi pour tout le monde aujourd’hui. Qui pourrait argumenter contre ? Cependant, qu’en est-il dans les faits ? A l’heure où les entreprises avancent lentement dans le processus d’application de l’égalité de droit économique dans le domaine des salaires entre hommes et femmes occupant une même fonction, la question de  l’égalité continue d’interroger chacun dans son rapport à la masculinité et la féminité.

 

A l’occasion de la sortie de son livre « Descente au cœur du mâle », le philosophe Raphael Liogier est venu à la RAMF présenter son analyse du processus historique progressif de l’avènement d’une égalité réelle entre femmes et hommes.

 

L’auteur a tout d’abord tenu à rappeler une vérité : les inégalités entre hommes et femmes n’ont pas été initiées par les religions et les croyances en général. Elles sont antérieures à l’avènement des grandes religions. Raphael Liogier situe leur apparitions il y a 30000 ans à l’époque du néolithique. Les femmes étaient alors déjà perçues comme une domesticité par l’homme, nous dit-il.

 

La société grecque cantonne les femmes à la cuisine. Les grandes religions font procéder le corps des femmes de celui de l’homme. Les sociétés humaines sont en grande majorité patriarcales.

L’anthropologue Françoise Héritier, avance une explication à cette état de fait ; les femmes ayant le pouvoir reproductif, les hommes en étant dépourvus, font payer aux femmes leur avantage en les contrôlant, elles.

 

La modernité a provoqué un changement profond. Raphael Liogier a élaboré une théorie de cercles concentriques explicitant les différents stades de l’accession des femmes à l’égalité réelle de leurs droits avec ceux des hommes.

La première sphère a été celle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789, établissant l’égalité entre tous les Hommes sans distinction de races ni de sexe. Cette promesse ne fut qu’en partie tenue dans différents pays, mais l’a encore moins été en matière de droit des femmes, s’exclame l’auteur.

 

Les seconde et troisième sphères sont définies par l’acquisition du droit de vote des femmes en 1944 puis en 1990, lors de l’acquisition complète de l’égalité des droits entre hommes et femmes en France. Aujourd’hui, le cœur de ces cercles reste à combler, nous dit l’auteur. Il s’agit de l’égalité entre hommes et femmes dans le rapport à leur corps.

Raphael Liogier évoque le leitmotiv du mouvement féministe « me too », pour préciser sa pensée : « maintenant que nous avons l’égalité en droits réelle, nous réclamons la souveraineté sur notre corps ». Il s’agit notamment du droit de dire « non » ou de dire « oui » à un homme sans être déconsidérée.

 

Et chez les musulmans, qu’en est-il ? L’auteur distingue deux angles de regard différents sur cette question : d’une part le social, politique, culturel et mondain et d’autre part le spirituel. Dans le premier, force est de constater que la religion est perméable à la culture. On constate une inégalité de droits réelle. Dans le second,  l’égalité entre homme et femme est totale puisque le spirituel instaure l’égalité entre ses deux créatures.

L’auteur engage les musulmans à repenser le religieux et notamment le rapport à la femme, à partir de leur engagement spirituel réel. Au sein de l’Islam, il existe des outils pour y parvenir ; l’ijtihad, notamment, qui permet une interprétation du texte fondateur en direct de son sens le plus profond.

 

L’espace de la modernité doit être celui où chacun doit pouvoir donner un sens à sa vie par rapport à son cheminement spirituel.

Il faut avoir le courage de ne pas abolir la féminité pour valoriser une forme de masculinité. Le regard social sur le corps féminin est essentiellement masculin. La question du port du voile par les femmes en France notamment, en est une illustration ; les différents détracteurs du port du voile par les femmes musulmanes voient en cet acte une soumission à une volonté masculine de leur entourage. N’est-ce pas infantiliser ces femmes de les croire exclusivement en capacité d’obéir à une volonté masculine ?

Raphael Liogier se réjouit de constater l’existence d’un féminisme musulman qui se manifeste notamment, par le choix libre et volontaire des femmes musulmanes de porter le voile en tant qu’engagement spirituel.

 

Le philosophe a constaté au travers de ses travaux de recherche auprès de musulmans, un pluralisme de modes de vie ainsi que des différences de pratiques entre les générations. Des parents  dont la femme ne porte pas le voile, sont parfois décontenancés devant leurs filles dont certaines décident de porter le voile. Les musulmans sont anormalement normaux, s’exclame Raphael Liogier. Et il ajoute : « Certains pratiquent l’Islam et d’autres ne le pratiquent pas. Certains le pratiquent en société et d’autres font semblant de le pratiquer. Certains découvrent la vocation spirituelle, d’autres la perdent. Il y a des orthodoxes et des radicalement laïques. » . Et de conclure :  « Les musulmans sont témoins de la modernité, en ce sens qu’ils la représente par leur diversité, ils doivent cependant veiller à ne pas en devenir les martyres. »

 

Stépahnie Herber